Tunnel Québec-Lévis: le gouvernement lance le projet sans évaluer les coûts

QUÉBEC — Le gouvernement Legault a fait son choix: la promesse d’un troisième lien routier pour la région de la capitale prendra la forme d’un tunnel construit entre Québec et Lévis.

Le ministre des Transports, François Bonnardel, en a fait l’annonce, jeudi, refusant de se risquer à évaluer les coûts d’un projet d’une telle envergure, qui engloutira certainement plusieurs milliards de fonds publics.

Le tunnel sousfluvial, long d’une dizaine de kilomètres, reliera l’autoroute 40 à l’est du centre-ville de Québec, sur la rive-nord du fleuve, à l’autoroute 20, dans un secteur peu habité de la rive-sud de Québec, en passant sous la pointe ouest de l’Île d’Orléans.

La première pelletée de terre se fera au plus tard en octobre 2022, soit juste à temps pour les prochaines élections générales.

Il est impossible de dire dans combien d’années les premiers automobilistes pourront commencer à emprunter ce tunnel. C’est trop tôt pour donner ce genre d’informations, a dit le ministre en conférence de presse.

M. Bonnardel a soutenu qu’il avait évalué une dizaine d’options différentes et que son choix s’était finalement fixé sur un tunnel à l’est de Québec, plutôt qu’un pont, parce que c’était à ses yeux le scénario répondant le mieux aux trois objectifs poursuivis: réduire la congestion aux heures de pointe, favoriser le transport collectif et optimiser le transport des personnes et des marchandises.

Il faudra aussi patienter pour connaître le nombre de voies, l’échéancier, la configuration, le partage des voies entre automobiles et autobus et, surtout, le coût total du projet.

«Les coûts seront connus au terme du dossier d’affaires, qui est présentement en élaboration», a commenté le ministre Bonnardel, peu enclin à élaborer sur le sujet.

«Dans à peu près un an», il croit être en mesure d’évaluer le montant de la facture associée au mégaprojet routier sousfluvial.

En avril dernier, l’opposition officielle libérale évaluait le coût d’un projet d’une telle ampleur à au moins 6 milliards $.

Chose certaine, Québec s’attend à ce qu’Ottawa partage la facture. Selon lui, «c’est impensable que le fédéral ne soit pas présent». Il compte d’ailleurs sur la prochaine élection fédérale, cet automne, pour amener les partis à se commettre dans ce dossier.

Même s’il s’agit d’une initiative susceptible d’augmenter — et non de réduire — les gaz à effet de serre, M. Bonnardel n’exclut pas non plus la possibilité «de piger dans le Fonds vert» pour financer une partie des travaux, ceux reliés au corridor réservé au transport collectif, mais il est «prématuré» d’aborder cette question, a-t-il dit.

Il n’a pas davantage voulu répliquer aux arguments des nombreux détracteurs de cet engagement électoral de la Coalition avenir Québec (CAQ), qui soutiennent que le gouvernement a annoncé sa décision d’aller de l’avant, sans avoir d’abord évalué le besoin et justifié la pertinence de consentir un tel investissement.

Il a aussi rejeté l’argument selon lequel ce genre de projets routiers ne faisait qu’encourager l’étalement urbain et l’acquisition d’automobiles, responsables de l’augmentation des gaz à effet de serre.

Le gouvernement se montre pressé dans ce dossier, bousculant les étapes normales de réalisation, au besoin. Pour placer dès maintenant le projet sur la voie rapide, les étapes de l’étude préliminaire et de l’étude d’opportunité ont donc été mises de côté pour accélérer les choses.

Le projet devra cependant faire l’objet d’une étude d’impact du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) dans l’année qui vient.

Le pont de l’île

Le ministre Bonnardel a indiqué que parallèlement à la construction du tunnel, l’Île d’Orléans aura droit comme prévu à un nouveau pont à haubans, légèrement à l’ouest du pont actuel, devenu vétuste. La construction devrait être terminée en 2027.

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