Un vide laissé par touristes, consommateurs et amis à la frontière

FREDERICTON — La pandémie de COVID-19 a mis à l’arrêt les voyages de magasinage et les vacances transfrontalières depuis mars, et de nombreuses entreprises américaines le long de la frontière disent regretter les revenus de consommateurs et les visages canadiens familiers.

Bill Kilby, directeur du Hardwick’s Country Store à Calais, dans le Maine, a subi une perte de revenus dramatique de 90% et a dû licencier 10 employés.

«J’achetais 1500 $ de lait en gros par semaine dans deux laiteries différentes, et maintenant j’ai de la chance si je passe une commande de 100 $ toutes les deux semaines», a déclaré M. Kilby dans un récent entretien.

M. Kilby gère le magasin, une boutique hors taxes attenante et deux stations-service. La boutique hors taxes et l’une des stations-service sont temporairement fermées, et le magasin et d’autres pompes à essence fonctionnent à des heures réduites.

«Nos clients sont à 90% canadiens et les chiffres le prouvent», a-t-il souligné.

Ses entreprises sont situées à quelques mètres du passage frontalier avec St. Stephen, au Nouveau-Brunswick.

M. Kilby a confié qu’après 37 ans de travail, il avait appris à connaître les clients par leur nom, ainsi que leurs enfants et petits-enfants.

Il a souligné que de nombreuses familles se trouvent de part et d’autre de la frontière et que les restrictions de déplacement les empêchent de se voir.

«Ici, la plupart des gens sont à moitié canadiens ou à moitié américains et ont des membres de leur famille des deux côtés de la frontière. C’est pourquoi nous nous entendons si bien», a-t-il affirmé.

Jane Torres, directrice générale de la Chambre de commerce de la vallée de Sainte-Croix, a déclaré qu’elle assistait au même bouleversement plus au nord dans le Maine.

«Beaucoup de nos proches vivent juste de l’autre côté de la frontière. Nous ne pouvons pas passer pour les voir, et ils ne peuvent pas venir nous voir», a-t-elle déclaré.

Mme Torres a affirmé que bien qu’aucune entreprise de sa communauté de Houlton, à l’ouest de Woodstock, au Nouveau-Brunswick, n’a été contrainte de fermer, les épiceries et les stations-service souffrent tout de même des restrictions de déplacement.

Des restrictions sur les voyages non essentiels à la frontière canado-américaine sont en place depuis le 21 mars en raison de la COVID-19.

Des entreprises au nord de la région métropolitaine de New York — Upstate New York — ressentent également l’absence de Canadiens du Québec et de l’Ontario qui traversent habituellement la frontière pour faire des achats et passer leurs vacances.

«Nous dépendons beaucoup de nos amis et voisins du nord», a déclaré Billy Jones, membre de l’Assemblée de l’État de New York pour la région qui comprend Plattsburgh.

«J’ai parlé à des propriétaires de terrains de camping dont l’achalandage est de 10%. Près de 90% seraient des Canadiens qui viennent ici, a déclaré M. Jones. Beaucoup de Canadiens ont des résidences secondaires ici et campent le long de nos lacs.»

M. Jones a dit que de nombreuses entreprises dans sa région n’ont pas encore rouvert leurs portes, mais que celles qui l’ont fait ressentent l’absence des Canadiens.

«Cela a un grand impact, a-t-il déclaré. Je pense que cela nous fait apprécier davantage notre relation avec le Canada et nous fait réaliser ce qu’elle représente pour notre économie.»

Pour Dottie Gallagher, présidente et chef de la direction du Buffalo-Niagara Partnership — une chambre de commerce régionale pour la région de Buffalo —, bon nombre de récriminations qu’elle entend proviennent d’Américains qui souhaitent se rendre au Canada.

«Il y a beaucoup d’Américains qui possèdent une propriété au Canada, qui font des affaires au Canada et ont des amis au Canada. L’incertitude quant à l’impossibilité de traverser nous préoccupe», a-t-elle déclaré.

Mme Gallagher a indiqué qu’une grande partie du trafic canadien dans sa région a généralement pour but d’assister aux matchs de hockey des Sabres et de football des Bills. Les matchs locaux étant suspendus, même les partisans américains qui se dirigeaient vers Buffalo ne viennent plus.

Elle craint que si la frontière reste fermée beaucoup plus longtemps, les Canadiens qui avaient l’habitude de se rendre aux États-Unis trouvent d’autres endroits où aller.

«Nous perturbons tellement les habitudes des gens qu’ils vont en prendre de nouvelles, a-t-elle affirmé. Ces nouvelles habitudes des Canadiens vont probablement signifier moins de voyages aux États-Unis. Je m’inquiète des répercussions à long terme.»

La frontière est actuellement fermée jusqu’au 21 août pour tous les voyages sauf les déplacements essentiels.

«L’opinion publique à l’égard des Américains est devenue tellement négative, et je pense qu’il faudra beaucoup de temps avant que la frontière ne soit complètement rouverte, a déclaré Mme Gallagher. Cela me rend vraiment triste.»

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