Un village appelé Corona au temps de la COVID-19

CORONA, N.M. — Mercredi dernier, je suis sorti pour prendre la route. Quittant Las Cruces vers Tularosa, j’ai poursuivi mon chemin vers le nord contemplant les armoises, les buissons de genévrier, de rhus trilobata, d’argémone mexicaine ou de pourpier à fleur jaune — à moins que ce soit peut-être de la menthe pouliot — nichés dans les vallons du bassin de Tularosa.

En ce temps du nouveau coronavirus, je me dirigeais vers Corona, au Nouveau-Mexique, un petit village de 163 âmes du comté de Lincoln. Je voulais voir comment la communauté s’en sortait avec les impacts de la pandémie mondiale de la COVID-19.

Jusqu’à maintenant, le comté de Lincoln ne compte qu’un seul cas confirmé d’infection. Sans surprise, les habitants de la région ont observé des touristes prendre des photos devant le panneau indiquant les limites du village et devant l’hôtel de ville.

«Des gens se sont arrêté devant les bureaux du village l’autre jour, m’a raconté le maire Sam Seely. Je me suis tourné vers quelqu’un et j’ai dit « on devrait sortir en toussant pour voir comment ils vont réagir ».»

Le maire Seely a été élu en novembre et est entré en fonction en janvier. Il s’est rapidement retrouvé devant la pire crise de santé publique depuis des générations.

«Je crois que jusqu’ici, on gère la situation aussi bien qu’ailleurs aux États-Unis, estime le politicien. Je suis toujours fier des gens de Corona, mais… Tout le monde ne suit pas toujours bien les consignes du gouverneur et du gouvernement fédéral, mais les gens font preuve de bon sens. On prend tous soins les uns des autres.»

Sam Seely affirme que la distanciation physique est devenue la norme dans le village. Il reste que certains ont encore de la difficulté à ne pas se serrer la pince en entrant au bureau de poste où ils croisent des gens qu’ils ont connu toute leur vie.

«Moi-même, je dois résister à la tentation de serrer des mains, surtout quand je me présente à quelqu’un pour la première fois», admet-il.

D’un point de vue économique, Corona semble assez épargnée, de l’avis de son maire. Il explique que bon nombre de résidents sont des retraités ou des employés du secteur public.

«Alors, c’est pas mal tout le monde qui continue d’encaisser un revenu», se rassure-t-il.

Par ailleurs, les affaires sont florissantes au Corona Motel grâce au chantier de construction de la Burlington Northern and Santa Fe Railway (BNSF). La voie ferrée traverse le village et le projet a été jugé service essentiel.

Des travailleurs du Nevada et de l’Utah occupent donc toutes les chambres et doivent même louer des résidences non occupées dans le village.

Le motel Corona a également pu profiter du retour massif des «snowbirds», au début de la crise, qui ont fait escale au Nouveau-Mexique.

Les propriétaires Rhonda et George Oord ont acheté le motel il y a cinq ans et ont quitté l’État de Washington pour s’établir à environ 2500 kilomètres au sud. Quelques années plus tard, un couple d’amis les a rejoints.

Eric et Nancy Anderson habitaient Seattle, mais après quelques visites chez les Oord à Corona, ils en ont eu marre des taxes et de la congestion routière au nord.

Ils ont d’abord eu l’idée d’ouvrir un restaurant adjacent au motel, mais l’implication nécessaire et le manque de main-d’oeuvre ont eu raison du projet.

Après avoir discuté avec les résidents, ils ont compris que c’est d’abord d’une épicerie dont ils ont besoin. Le village ne comptait qu’un dépanneur et il fallait prendre la route pour aller faire ses courses ailleurs dans le comté.

Les Anderson ont annoncé le 18 mars que le commerce allait ouvrir ses portes le 2 avril.

«Mais soudainement, tout ça est arrivé, m’a confié Eric. On avait quelques biens essentiels dont les gens avaient besoin comme du papier hygiénique et du javellisant. Alors, on a finalement ouvert le 19 mars.»

Le propriétaire reconnaît que l’ouverture a été plutôt rocambolesque.

«Ce n’est pas facile de s’approvisionner. Aujourd’hui, on a reçu une commande et il y a peut-être la moitié de ce qu’on attendait. L’autre moitié n’était tout simplement pas disponible. De l’autre côté, les gens du village sont très compréhensifs», témoigne l’entrepreneur.

Corona compte un grand total de quatre entreprises et elles sont toutes jugées essentielles. En plus du motel, du dépanneur et de l’épicerie, on retrouve un café. Ce dernier semble souffrir un peu plus de la crise.

Nubia et Cristina Beltran possède le El Corral Café depuis 15 ans. L’endroit est habituellement bourdonnant aux heures de repas. Des habitués s’y retrouvent pour potiner de longues heures devant un café ou pour avaler un enchilada.

Malheureusement, depuis le début de la pandémie, le chiffre d’affaires a chuté de 80 pour cent. Le restaurant ne sert plus aux tables et ne prend que les commandes pour emporter.

«C’est très triste, me dit Nubia derrière son masque. Mais on est toujours ouvert pour la communauté. On essaie très fort.»

Au dépanneur Mini-Mart, que possède Monique Johnson depuis une décennie, on fait ce qu’on peut pour garder les tablettes bien garnies. Tout comme dans la nouvelle épicerie des Anderson, l’approvisionnement est devenu imprévisible.

Lorsque l’école a fermé ses portes, l’achalandage au Mini-Mart a bondi «comme pendant les vacances d’été», décrit Mme Johnson. Toutefois, la situation a drastiquement changé quand la consigne de confinement a été décrétée au Nouveau-Mexique.

«Les gens viennent, mais moins souvent», dit-elle en précisant avoir mis des mesures en place pour respecter la distanciation physique comme de limiter le nombre de clients.

Est-ce que le village de Corona pourra retrouver un semblant de vie normale à temps pour son festival annuel à la fin juillet? Personne ne le sait. Mais une chose est sûre, peu importe si la communauté s’est bien adaptée au nouveau coronavirus, tout le monde est mûr pour un retour à la vie d’avant.