Une absence remarquée du mot «pétrole» dans le discours du Trône

OTTAWA — L’absence du mot «pétrole» dans le discours du Trône fait bondir les conservateurs, mais réjouit le Bloc québécois. Ce dernier compte utiliser cette ambiguïté à son avantage.

Le gouvernement Trudeau s’engage à prendre des «mesures robustes» pour lutter contre les changements climatiques, mais promet qu’il «travaillera avec la même ardeur afin d’acheminer les ressources canadiennes vers de nouveaux marchés».

Il n’est pas indiqué clairement, dans le discours du Trône lu par la gouverneure générale Julie Payette, quelles sont ces ressources naturelles. Mais le gouvernement a déjà promis d’aller de l’avant avec l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, s’amuse du fait que le gouvernement n’a «pas eu la colonne vertébrale d’écrire le mot « pétrole » dans la phrase qui parle de pétrole».

M. Blanchet compte donc «profiter de cette faiblesse» pour mettre de l’avant son programme environnemental. Il a aussi assuré les libéraux de l’appui du Bloc au vote sur le discours du Trône.

«C’est dur de voter contre quelque chose qui n’est pas là!» a-t-il affirmé.  

Deux porte-parole conservateurs sont ressortis parler aux journalistes pour critiquer cette sortie du Bloc québécois, et ce, même si leur chef Andrew Scheer avait déjà pris la parole auparavant pour réagir au discours du Trône.

Shannon Stubbs et Gérard Deltell se demandent s’il y a eu une «entente» entre les libéraux et les bloquistes pour s’assurer de l’absence du mot «pétrole» du discours du Trône — et ce, même s’ils n’ont aucun fondement pour appuyer cette hypothèse.

Un porte-parole du premier ministre Justin Trudeau a aussitôt réfuté cette accusation. «C’est la première fois que j’entends parler de ça. Je ne sais pas pourquoi ils ont dit ça», a déclaré Cameron Ahmad. Le Bloc n’a pour sa part pas voulu commenter ces allégations.

La chef parlementaire du Parti vert du Canada, Elizabeth May, se désole de son côté, qu’il n’y ait «pas un seul mot au sujet de l’urgence climatique» dans le discours du Trône.

Patrick Bonin, porte-parole pour Greenpeace, se console pour sa part du fait que le discours de jeudi mettait beaucoup plus l’accent sur la lutte aux changements climatiques que l’exploitation des ressources naturelles.

«Maintenant, le gouvernement doit avoir le courage de ses convictions et de son discours et se tenir debout pour aider les travailleurs pétroliers et gaziers à faire la transition, et non pas à faire davantage de développement pétrolier et gazier», dit-il en entrevue.

Pas d’appui assuré des autres partis

Avec l’appui des 32 députés du Bloc québécois, les libéraux sont assurés d’avoir suffisamment de votes pour leur premier test de confiance en situation minoritaire.

Ils n’ont donc pas besoin des appuis des autres partis, qui n’ont pas l’intention d’appuyer le discours du Trône à ce moment-ci de toute manière.

Pour le chef conservateur Andrew Scheer, le discours présenté jeudi n’est rien de moins qu’une «insulte» aux citoyens de l’Alberta et de la Saskatchewan. Il a l’intention de présenter un amendement pour tenter de rassurer les citoyens de l’Ouest canadien.

M. Scheer se dit «très déçu» que le gouvernement n’ait pas mentionné le secteur énergétique ni reconnu que certaines de ses réformes adoptées lors de la dernière législature ont causé de l’incertitude dans le secteur énergétique.

À l’opposé, les trois députés du Parti vert du Canada ne voteront pas an faveur du gouvernement tant qu’il n’aura pas présenté un plan climatique plus robuste pour 2030.

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, est lui aussi insatisfait du discours du Trône — même s’il fait mention de plusieurs revendications de son parti — parce qu’il ne va pas assez en détail.

Un discours du Trône sert en général à présenter les grandes orientations du prochain mandat du gouvernement.

Le gouvernement a présenté des engagements sur la réconciliation avec les peuples autochtones, l’accès au logement et la création d’un régime d’assurance-médicaments, mais ce n’est «pas suffisant» selon M. Singh.

Pressé de questions sur ce qu’il souhaite modifier, le chef néo-démocrate n’a pas voulu s’avancer. Il veut d’abord avoir une conversation avec le premier ministre.

«Je ne veux pas être pris pour acquis. Le discours du Trône essaie de nous prendre pour acquis. On assume qu’on peut dire les bons mots sans avoir d’engagements réels et, d’une façon ou d’une autre, on va suivre? Non», a tranché M. Singh.