Une agence canadienne de renseignement surveille le financement du terrorisme local

OTTAWA — Les efforts déployés par l’agence de renseignement financier du Canada au cours des trois dernières années ont révélé des activités liées au terrorisme national, au financement de groupes terroristes internationaux et aux voyageurs extrémistes canadiens.

Ces trois thèmes principaux ressortent d’une évaluation du Centre d’analyse des opérations et déclarations financières du Canada (CANAFE). Celui-ci a analysé ses divulgations de renseignements aux services de police et de sécurité de janvier 2019 à octobre 2022 concernant le financement d’activités terroristes.

L’agence fédérale s’appuie sur ses analyses pour aider les banques et autres institutions qui gèrent d’importantes sommes à mieux repérer les transactions louches liées au terrorisme.

Par exemple, selon le CANAFE, dans une alerte opérationnelle récemment publiée, les détails d’une transaction peuvent inclure des références à des mots, des phrases ou des chiffres liés à des groupes ou des symboles extrémistes violents.

Le centre se concentre sur l’argent lié au terrorisme, au blanchiment d’argent et à d’autres crimes en passant au crible les données des banques, des compagnies d’assurance, des courtiers en valeurs mobilières, des entreprises de services monétaires, des courtiers immobiliers, des casinos et autres.

CANAFE divulgue ensuite des renseignements à la police et aux partenaires de sécurité.

À l’aide des renseignements recueillis auprès d’entreprises canadiennes, le centre a fait 355 divulgations en 2021-2022 aux organismes d’application de la loi et de sécurité nationale du Canada en appui à des enquêtes liées au financement d’activités terroristes.

Parmi les divulgations des dernières années, la plupart étaient liées à l’extrémisme violent à motivation idéologique.

Les autorités affirment que cet extrémisme est motivé par la xénophobie, à l’opposition à l’autorité ou à d’autres causes personnelles, parfois en combinaison les uns avec les autres.

D’après l’analyse du CANAFE, les extrémistes motivés par l’idéologie au Canada se répartissaient en trois sous-catégories : les acteurs agissants seuls, les réseaux transfrontaliers et les groupes organisés.

Les acteurs solitaires avaient tendance à s’autofinancer, parfois grâce au salaire ou aux aides gouvernementales, a constaté l’agence.

Les réseaux transfrontaliers utilisaient principalement de grandes entreprises de services monétaires pour transférer des fonds, ainsi que des transferts de fonds électroniques, tandis que des groupes organisés collectaient des fonds par diverses méthodes.

Comme le blanchiment d’argent, les fonds destinés au financement des activités terroristes peuvent provenir de sources criminelles telles que le trafic de drogue, explique le CANAFE. Cependant, contrairement au blanchiment, l’argent peut également provenir de sources légitimes, notamment des dons et des bénéfices commerciaux.

La nouvelle alerte opérationnelle — et la liste des indicateurs à surveiller — devrait être utile aux agences qui relèvent du centre «parce qu’historiquement et traditionnellement, il est plus facile d’identifier le blanchiment d’argent que le financement du terrorisme», a déclaré Barry MacKillop, directeur adjoint du renseignement au CANAFE.

Aucune des personnes suivies au pays n’était liée de quelque manière que ce soit aux manifestations du «Convoi de la liberté» de l’hiver dernier, car elles n’impliquaient aucune activité ou du financement terroriste, a mentionné M. MacKillop en entrevue.

Les transactions liées au financement de groupes terroristes internationaux consistaient principalement en des transferts de fonds vers des pays concernés par ces activités, notamment l’Irak, le Liban, le Pakistan, la Syrie, la Turquie, les Émirats arabes unis et le Yémen.

Ces transferts, souvent financés par des dépôts en espèces, ont été effectués par des personnes au Canada utilisant des entreprises de services monétaires dans de nombreux cas, a constaté CANAFE.

Dans les révélations analysées, le groupe terroriste international le plus fréquemment identifié était Daech, également connu sous le nom d’État islamique en Irak et au Levant, suivi du Hezbollah, indique l’alerte.

«Une grande partie des fonds soupçonnés de soutenir Daech ont été envoyés en Turquie, souvent dans les régions ou les villes proches de la frontière turco-syrienne, une zone particulièrement à haut risque en ce qui a trait au financement d’activités terroristes.»

Les fonds soupçonnés de financer le Hezbollah étaient fréquemment envoyés ou reçus par des personnes ou des organisations mentionnant la vente de voitures ou répertoriés dans l’industrie automobile.

Le CANAFE a également continué de recevoir des informations sur des transactions financières suspectes liées à des Canadiens voyageant pour participer à des activités extrémistes.

L’agence a remarqué que ces voyageurs vidaient souvent leurs comptes bancaires avant de partir et utilisaient des cartes de débit ou de crédit le long des couloirs de voyage connus vers une zone de conflit. De plus, les comptes étaient souvent inactifs pendant que le voyageur était à l’étranger, redevenant actifs à son retour au Canada.

Les voyageurs extrémistes revenant au Canada envoyaient ou recevaient fréquemment des virements internationaux et recevaient des dépôts en espèces de tiers sans but précis.

Dans certains cas, les plans de voyage ont été interrompus avant que les personnes puissent quitter le Canada grâce à l’action des organismes d’application de la loi.

«Certains de nos renseignements ont pu soutenir leurs enquêtes», a fait valoir M. MacKillop.

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