Une amélioration graduelle de la qualité de l’air générerait de grands bienfaits

MONTRÉAL — Même une amélioration modeste et graduelle de la qualité de l’air pourrait engendrer de grands bienfaits de santé publique, notamment en prévenant des milliers de décès, démontre une nouvelle étude canadienne qui compterait parmi les plus solides jamais réalisées à ce sujet.

Le chercheur Hong Chen, de Santé Canada, et ses collègues ont conclu qu’une réduction de 10 % des émissions de particules ultra-fines PM2.5 pendant la durée de leur étude aurait permis d’éviter 710 décès par million de personnes, soit une valeur économique de 4,6 milliards $ par million de personnes.

Plus la réduction des émissions de particules PM2.5 était rapide et intensive, plus la mortalité était réduite et plus les bienfaits économiques étaient grands, ont-ils indiqué.

«Les effets de la pollution sont dus à l’exposition passée, donc l’approche qu’ils utilisent permet de comprendre les impacts sur la mortalité à travers les ans, a expliqué la professeure Audrey Smargiassi, de l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

«Ils ont vraiment fait toutes sortes de scénarios, certains plus réalistes que d’autres, pour voir quel serait l’impact qui surviendrait. Les conclusions qu’on en tire sont aussi inédites parce qu’elles apportent une lunette qu’on n’avait pas pour comprendre les impacts de la réduction de la pollution.»

Les particules PM2.5 sont si fines qu’elles peuvent aller se loger au plus creux des poumons et causer des problèmes de santé; ce sont aussi celles qui sont les plus étudiées et les mieux comprises par les scientifiques. Les émissions de particules PM2.5 provenant de source humaine auraient été responsables de 4,1 millions de décès à l’échelle de la planète en 2019.

Les auteurs de l’étude ont épluché les données censitaires pour capturer une cohorte de 2,7 millions d’adultes canadiens entre 2006 et 2017. Ils ont également étudié des données satellitaires des émissions de particules PM2.5.

Ils ont ensuite procédé à une modélisation informatique d’une réduction des émissions de ces particules provenant des cinq principales sources humaines au Canada : l’agriculture, l’industrie, la production d’énergie, la combustion résidentielle et le transport.

Les effets de la pollution, rappelle la professeure Smargiassi, se font sentir à long terme: les polluants respirés aujourd’hui pourront être à l’origine de problèmes de santé dans dix, quinze ou vingt ans. Il importe donc d’étudier et de mieux comprendre l’impact à long terme d’améliorations apportées dès maintenant.

«C’est super important de comprendre ça, a-t-elle dit, parce que de réduire la pollution complètement aujourd’hui, on n’est pas capable de faire ça. Mais on est capable d’avoir des impacts substantiels, presque aussi élevés que si on n’avait pas du tout de pollution, si on le faisait de façon graduelle. Donc ça nous donne une information sur les impacts des interventions, puis quel genre d’intervention pourrait nous amener à des gains importants.»

En d’autres mots, poursuit-elle, les données de la nouvelle étude indiquent que des améliorations progressives pourraient éventuellement avoir un impact très similaire à celui d’une disparition instantanée (et évidemment irréaliste) de toute la pollution de l’air. «Même avec des interventions plus réalistes, mais échelonnées sur plusieurs années, on serait capable d’obtenir des gains presque aussi élevés que si aujourd’hui on arrêtait toute la pollution», a précisé la professeure Smargiassi.

Mais encore une fois, ce n’est qu’à long terme, et même à très long terme, que seraient ressentis les impacts d’améliorations apportées aujourd’hui.

«Je pense que c’est une étude qui vise spécifiquement les gouvernements, beaucoup plus que l’individu, a conclu Mme Smargiassi. Ça vise les interventions que les gouvernements devraient mettre en place. Ça leur dit que ça vaut la peine de mettre même des interventions qui ne sont pas si drastiques, parce qu’au final, elles vont avoir des impacts importants.»

Les conclusions de cette étude sont publiées par le journal scientifique Proceedings of the National Academy of Science.

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