Une chaîne de télévision inuite veut faire partie du service de base du câble

OTTAWA — La première chaîne de télévision canadienne qui diffuse majoritairement du contenu en langue autochtone espère faire partie du service de base des entreprises de cablodistribution.

Uvagut TV a demandé au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) de bénéficier de la distribution obligatoire au sein du service numérique de base.

Si la demande est approuvée, les entreprises devraient diffuser la chaîne. 

La chaîne a été lancée en 2021 par le Nunavut Independent Television Network (NITV). Quatre-vingt-dix pour cent de sa programmation est diffusée en inuktitut, y compris les émissions pour enfants et les bulletins de nouvelles nationaux et régionaux.

Qajaq Robinson, la secrétaire-trésorière de NITV, dit qu’il est important que le CRTC approuve la demande, car cela contribuera à diffuser les langues autochtones dans toutes les résidences canadiennes. Cela aussi contribuer à renforcer le processus de réconciliation.

«Donner accès à tous les Canadiens serait tout un cadeau pour eux. Ils pourraient apprendre des choses sur la vie des Inuits en écoutant des Inuits, lance-t-elle.  Avoir accès à une langue et à du contenu qui reflète la vie des Inuits, qui leur parle. C’est vraiment une façon de promouvoir et de protéger la vie.»

La télévision a eu un impact sur les langues et les cultures autochtones dans le nord du pays lorsqu’elle a commencé à toucher un plus grand public dans les années 1980. Les émissions étaient surtout diffusées en anglais ou en français.

«C’était intéressant de voir ce que la télévision pouvait nous apporter, mais tout ce que nous regardions était en français ou en anglais. Il n’y avait rien en inuktitut, se souvient la directrice générale de NITV, Lucy Tulugarjuk. Je ne comprenais pas pourquoi à l’époque.»

Mme Robinson rappelle le fameux discours dit «de la bombe à neutron» prononcé en 1982 par Rosemarie Kuptana, une animatrice de radio qui fut aussi une grande défenseuse des droits des Autochtones, devant le CRTC.

À l’époque, Mme Kuptana avait comparé l’arrivée des réseaux de télévision du sud à «une bombe qui tue les gens tout en gardant les immeubles intacts», à cause de l’influence qu’ils avaient sur la langue.

Pour Mme Kuptana, «ce genre de télévision détruit l’âme d’un peuple tout en conservant leur enveloppe corporelle».

Un an plus tard, le gouvernement fédéral avait mis en place une première politique de diffusion pour le nord du pays.

La télévision peut être un important médium pour réintroduire les langues autochtones aux populations, dit Mme Robinson.

«Le rêve d’un Canada doit comprendre un espace authentique pour les peuples autochtones, notamment les Inuits. Les peuples autochtones ne sont pas un monolithe. Nous ne sommes pas tous pareils», souligne-t-elle.

Uvagut TV touche environ 610 000 foyers à l’échelle nationale. La chaîne est disponible sur le service Direct Satellite de Shaw, sur Arctic Co-operatives Limited, un service disponible au Nunavut et dans les Territoires du Nord-Ouest ainsi que sur le service de la Fédération des Coopératives du Nouveau-Québec au Nunavik.

«La télédiffusion, c’est une forme de récit naturelle», dit Mme Tulugarjuk qui ajoute que les communications inuites «sont plus orales qu’écrites». L’histoire orale est la façon par laquelle la communauté partage son passé et ses rêves d’avenir.

«Donc, c’est une façon d’utiliser nos voix et nos expressions pour parler au monde, pas seulement aux Inuites, mais à tout le monde.»

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