Une chercheuse de l’UdeM reçoit une bourse pour traquer la fièvre typhoïde

MONTRÉAL — Un financement de la Fondation Bill et Melinda Gates permettra à une chercheuse de l’Université de Montréal de continuer à traquer une bactérie qui fait chaque année des centaines de milliers de victimes dans les pays en voie de développement.

La professeure France Daigle, du département de microbiologie, infectiologie et immunologie, et ses collègues britanniques ont reçu trois bourses totalisant 300 000 $ US dans le cadre du concours Grand Challenges Explorations: sur 1500 candidatures, seules 29 propositions ont été retenues à l’échelle internationale, dont dix dans le domaine de recherche de Mme Daigle.

Ce groupe de chercheurs étudiera au cours des 18 prochains mois la survie de la bactérie Salmonella enterica, sérotype Typhi (S. typhi), à savoir la salmonelle responsable de la fièvre typhoïde.

«Elle est moins bien connue que la salmonelle qui cause des infections associées avec la consommation de poulet par exemple, ou d’oeufs, a dit Mme Daigle. C’est sa petite cousine, finalement.»

Mme Daigle étudie cette bactérie depuis près de 20 ans. Si le traitement de la maladie s’est amélioré avec la disponibilité plus grande des antibiotiques, le nombre de cas de fièvre typhoïde a quant à lui bondi de 16 millions à 21 millions par année — une situation que la chercheuse attribue essentiellement à la propagation de la résistance aux antibiotiques.

«On réussit à traiter la maladie à cause des antibiotiques, mais on n’a toujours pas réglé le problème, parce qu’on a plus d’infections, a-t-elle déploré. Éventuellement, avec la résistance aux antibiotiques, c’est là qu’on va se retrouver face à un mur, et il n’y aura plus de traitement.»

La fièvre typhoïde fait environ 200 000 morts chaque année.

Puisque la maladie se propage possiblement par de l’eau contaminée, elle ne sévit pas dans des pays développés comme le Canada, qui sont protégés par leurs infrastructures. Le temps d’incubation de la maladie étant d’environ un mois, les voyageurs pourront en revanche ramener la bactérie au pays sans jamais savoir qu’ils sont infectés.

Le problème pour les experts est qu’ils ne savent toujours pas où la bactérie se terre en attendant d’infecter sa prochaine victime humaine. Réussir à débusquer cette cachette permettrait de prévenir au lieu de guérir, a dit Mme Daigle, et donc de réduire le recours aux antibiotiques.

«On ne connaît pas son réservoir, a précisé la chercheuse. C’est pour ça que Bill Gates a ouvert cette subvention-là, pour qu’on essaie de trouver où est la bactérie, parce que présentement le seul réservoir (qu’on connaît), c’est l’humain.»

Mme Daigle émet l’hypothèse que les membres de la communauté microbienne de l’eau interagissent avec la bactérie S. typhi et lui fournissent des nutriments et une niche environnementale favorable. Ces interactions peuvent conduire à un réservoir environnemental pour S. typhi et augmenter ainsi sa transmission aux humains.

La chercheuse prendra le chemin de Madagascar au printemps pour des travaux sur le terrain. D’autres travaux seront menés dans l’archipel de Fidji.

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