Une clinique d’avortement perd son seul médecin au Nouveau-Brunswick

FREDERICTON — Un médecin qui dirige une clinique d’avortement privée à Fredericton annonce qu’il n’a pas les moyens de continuer à subventionner le service et qu’il quitte le cabinet pour un autre emploi à la fin du mois.

Le Dr Adrian Edgar, qui tente d’obtenir un contrat avec l’armée, dit que la clinique 554 — autrefois la clinique Morgentaler — demeurait en vente, plus d’un an après avoir été mise sur le marché.

Lorsqu’il a acheté l’immeuble, il y a six ans, le Dr Edgar croyait que le Nouveau-Brunswick prendrait en charge une grande partie de la facture.

«J’ai dû continuer à subventionner les soins de santé pour toute une salle d’opération. Ce n’est pas possible, dit-il. Je n’ai pas été en mesure de payer ma dette étudiante depuis six ans. Je ne peux payer que les intérêts. Je ne me paie pas souvent. Je gagne environ un tiers de ce que tout autre médecin de famille devrait gagner dans la province.»

Après la première fermeture de la clinique en 2014, le gouvernement libéral d’alors avait supprimé un règlement exigeant que les femmes voulant obtenir un avortement présentent deux signatures de médecin pour certifier que l’opération était nécessaire à des fins médicales. Toutefois, le règlement limitant le financement des avortements pratiqués aux seuls hôpitaux n’a pas été aboli.

Selon le Dr Edgar, beaucoup de ses patients ne pouvaient pas se permettre la procédure, qui coûte entre 700 $ et 850 $. Les dépenses sont devenues trop importantes pour lui pour garder la clinique ouverte.

Il signale que jusqu’à qu’il soit vendu, l’établissement est disponible si Justice reproductive Nouveau-Brunswick, un groupe de pression, parvient à recruter un autre médecin, ou si un autre médecin le souhaite pour une pratique familiale.

«Je ne vois aucune raison pour que les soins de santé ne continuent pas là-bas, mais je ne peux pas être celui qui les maintiendra», dit-il.

Une manifestation

Une vingtaine de personnes se sont rassemblées devant l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick, reprochant à la province de violer la Loi canadienne sur la santé.

«La clinique 554 est un symptôme du fait que nous avons un règlement inconstitutionnel qui ne prévoit pas de financement pour les avortements à l’extérieur des hôpitaux, explique Kerrie Froc, une professeure de droit de l’Université du Nouveau-Brunswick. Nous sommes fatiguées de devoir mener ce combat encore et encore. À un moment donné, le gouvernement doit se secouer et reconnaître qu’il va se conformer à la loi», a-t-elle déclaré.

Le gouvernement s’est maintes fois défendu en mentionnant que les services d’avortement étaient disponibles à l’hôpital de Moncton, au Centre hospitalier universitaire Dr Georges-L.-Dumont à Moncton et à l’hôpital régional Chaleur, à Bathurst.

Mais selon le chef du Parti vert de la province, David Coon, qui a participé au rassemblement, ce n’était tout simplement pas suffisant.

«Restreindre l’accès aux services d’avortement à deux endroits à Moncton dans le sud-est de la province et à Bathurst dans le nord de la province est injuste», a-t-il déclaré.

Plus tôt dans la semaine, le président de la Société médicale du Nouveau-Brunswick a exhorté le gouvernement à financer les avortements chirurgicaux à l’extérieur des hôpitaux.

«La clinique 554 offre un environnement sûr pour les avortements et les soins de la reproduction. C’est une ressource de santé pour les patients LGBTQ pour l’ensemble du Nouveau-Brunswick et elle sert de pratique familiale pour des milliers de patients. C’est un élément précieux de notre système de santé et doit être maintenu», a écrit le Dr Chris Goodyear.

Le Dr Edgar ne croit pas que le gouvernement conservateur, récemment reporté au pouvoir, modifiera le règlement.

«Le futur ministre de la Santé ne dira rien parce que ce gouvernement semble simplement abdiquer sa responsabilité en matière de soins de santé en matière d’avortement», soutient-il.

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