Une coalition d’avocats recommande une charte pour protéger les journalistes

OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau a profité lundi d’une conférence internationale sur la liberté de la presse pour souligner le travail des journalistes qui doivent actuellement exercer leur métier malgré d’énormes pressions des pouvoirs politiques à Hong Kong et en Biélorussie. 

Le Canada a condamné sans appel la répression exercée contre la démocratie et la liberté d’expression par le gouvernement chinois dans l’ancienne colonie britannique de Hong Kong et l’élection présidentielle frauduleuse en Biélorussie, qui a donné lieu à des manifestations prodémocratie. 

«Aujourd’hui, nous voyons des citoyens appeler au changement, de Hong Kong à la Biélorussie, pendant que les autorités de ces pays s’en prennent à la liberté de la presse», a déclaré M. Trudeau lors de cette conférence organisée par le Canada et le Botswana. Le premier ministre a dénoncé l’emprisonnement des journalistes de Reuters Kyaw Soe Oo et Wa Lone, pour avoir couvert les atrocités militaires commises contre le peuple Rohingya au Myanmar, et de la journaliste philippine Maria Ressa. 

Les journalistes de Reuters ont depuis été libérés, après 500 jours de détention, et ils ont reçu un prix Pulitzer. En juin, Mme Ressa a été reconnue coupable de «cyber-diffamation» et condamnée à six ans de prison, après les plaintes du président de son pays, Rodrigo Duterte, et d’autres responsables de son gouvernement. 

«Il n’est jamais acceptable qu’un journaliste soit attaqué pour avoir fait son travail», a déclaré M. Trudeau lundi. «La répression des médias met la démocratie en danger. Elle met des vies en danger.» 

Une charte de la liberté de presse

Lors de la même conférence, une coalition internationale d’avocats, dirigée par un ancien procureur général canadien, a réclamé une nouvelle charte mondiale pour protéger les droits des journalistes emprisonnés. Irwin Cotler, ancien ministre libéral de la Justice et avocat des droits internationaux de la personne, a fait cette recommandation dans un rapport qu’il a rédigé pour une coalition internationale d’experts juridiques indépendants. 

Le rapport, publié lundi, conclut que la nouvelle charte renforcerait les obligations juridiques d’un pays qui emprisonne arbitrairement un journaliste et imposerait de nouvelles obligations juridiques au pays d’origine d’un journaliste arrêté. M. Cotler estime que ces nouvelles mesures sont nécessaires parce que le droit international actuel, conçu pour assurer l’accès diplomatique aux personnes emprisonnées dans des pays étrangers, n’est pas adéquat. 

«Nous nous réunissons aujourd’hui à l’occasion non seulement d’une pandémie mondiale de COVID, mais d’une pandémie politique mondiale caractérisée par l’émergence d’un autoritarisme mondial, le recul des démocraties et les assauts contre la liberté des médias dans le monde, où les journalistes sont de plus en plus menacés et assaillis», a déclaré M. Cotler lors de la visioconférence. 

«Bien que certains États le fassent déjà, dans une certaine mesure, le système est aléatoire et faible», a renchéri Amal Clooney, une avocate spécialiste des droits de la personne, qui a déjà représenté des journalistes emprisonnés. 

M. Cotler et Mme Clooney affirment que la pandémie de COVID-19 a enhardi les gouvernements autoritaires et créé de nouveaux risques pour les journalistes. «Le rapport propose donc une nouvelle charte des droits des journalistes détenus et un nouveau code de conduite pour les gouvernements, qui seraient supervisés par un nouveau commissaire international, chargé de surveiller la conformité des États», a déclaré Mme Clooney. 

L’avocate britannique et l’ex-ministre canadien sont les principaux acteurs d’un groupe d’experts créé l’an dernier par les gouvernements de ces deux pays pour trouver des moyens d’accroître la protection des journalistes et de prévenir les assauts contre la liberté des médias.

M. Trudeau a estimé que les travaux de ce comité démontrent tout le «pouvoir du travail en commun — société civile, gouvernements et organisations internationales — pour défendre le type d’avenir que nous voulons tous construire». 

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