Une coalition de survivants réclame une enquête sur la société montréalaise MindGeek

OTTAWA — Plus de 100 survivants de l’exploitation sexuelle ainsi que des centaines d’organisations non gouvernementales exhortent Ottawa à mener une «enquête criminelle complète» sur la société mère de Pornhub.

Dans une lettre envoyée au comité d’éthique de la Chambre des communes cette semaine, la coalition a demandé au gouvernement fédéral de faire pression pour la mise en place d’une enquête policière sur MindGeek, qu’ils accusent de violer les lois sur la protection de l’enfance et de partager des images intimes sans consentement.

L’entreprise montréalaise a fait l’objet de vives critiques au cours des derniers mois à la suite d’accusations selon lesquelles elle aurait distribué des vidéos d’exploitation et n’aurait pas réussi à détecter adéquatement du matériel illégal.

Les dirigeants de MindGeek ont nié tout acte répréhensible et ont déclaré que leur entreprise était un «leader mondial» pour prévenir la distribution de contenu montrant des agressions sexuelles d’enfants et des actes non consensuels.

«MindGeek a une tolérance zéro pour le contenu non consensuel, le matériel pédopornographique et tout autre contenu qui n’a pas le consentement de toutes les parties représentées», a déclaré la société dans un courriel.

«Les histoires déchirantes des survivants du matériel pédopornographique et des images non consensuelles nous ébranlent profondément.»

En décembre, plusieurs grandes sociétés de cartes de crédit ont suspendu les services de paiement à Pornhub, ce qui a incité la plus grande plateforme de pornographie au monde à retirer quelque 10 millions de vidéos publiées par des utilisateurs non vérifiés.

Au moins cinq poursuites ont été intentées contre la société aux États-Unis et au Canada au cours de l’année écoulée au nom de survivants d’agressions pédophiles, de trafic sexuel et de téléversement d’images non consensuels.

«J’ai moi aussi l’impression que Pornhub est devenu mon trafiquant, et ils (m’ont trafiquée) sans relâche», a déclaré la survivante Victoria Galy, témoignant devant le comité d’éthique le mois dernier à propos de vidéos publiées sans son consentement et décrivant ce qu’elle affirme être une agression sexuelle.

«À cause de Pornhub, c’est aujourd’hui le 1292e jour où l’on peut me voir nue sur ces sites pornographiques», a déclaré un autre témoin le 19 février.

Le groupe à l’origine de la lettre, dont les signataires incluent 104 survivants et 525 ONG dans des pays allant de l’Autriche à la Zambie, a applaudi le comité pour avoir étudié la question.

La coalition a demandé au gouvernement d’encourager une enquête de la GRC et de prendre «des mesures législatives et réglementaires immédiates pour protéger les enfants de cette entreprise prédatrice et non éthique».

La lettre souligne le rôle de MindGeek dans la mise en œuvre et l’exploitation de «toute une gamme de contenus criminels» distribués sur certaines de ses quelque 160 plateformes.

Le PDG de MindGeek, Feras Antoon, et le directeur de l’exploitation, David Tassillo, ont déclaré le mois dernier que tout le contenu du site web était examiné à l’aide de plusieurs outils logiciels avant d’être approuvé par des modérateurs humains.

«Nous demandons toujours à tous nos agents de faire preuve de prudence. Si vous avez le moindre doute, ne le laissez pas être publié en ligne», a déclaré M. Tassillo au comité le 5 février.

Cependant, la coalition affirme que des témoignages permettent de croire que la société «a sciemment et volontairement distribué du matériel pédopornographique».

Le Centre canadien de protection de l’enfance, le Centre national américain pour les enfants disparus et exploités — tous deux signataires de la lettre — et la GRC ont tous déclaré qu’ils n’avaient commencé à recevoir des signalements d’images pédopornographiques sur Pornhub qu’à la fin de 2020.

«Il semble également que MindGeek ait enfreint les lois canadiennes sur la publication d’images intimes sans consentement», indique la lettre.

«En ne mettant pas en œuvre la vérification de l’âge lors du téléchargement de contenu pornographique et de la consommation de pornographie, MindGeek a facilité les préjudices causés à un grand nombre d’enfants, à la fois devant l’écran — en exposant les enfants à la pornographie — et derrière l’écran — en facilitant la mise en ligne d’images et de films pédopornographiques.»

La société a déclaré dans un communiqué qu’elle allait «au-delà» des exigences de la loi canadienne.

«Ceux qui publient du matériel pédopornographique et des images non consensuelles sont des criminels — nous ne cesserons de travailler pour améliorer notre sécurité tant que nous n’aurons pas empêché chacun de ces criminels d’abuser de nos plateformes», a déclaré MindGeek.

La société a ajouté qu’elle travaillait avec plus de 40 organisations à but non lucratif pour modérer et publier du contenu sur ses plateformes.

MindGeek s’est volontairement inscrite pour signaler la pornographie juvénile au Centre national américain pour les enfants disparus et exploités en mars 2020, a déclaré John Clark, directeur exécutif du centre. Pornhub a soumis plus de 13 000 rapports à l’organisation américaine, bien que 9000 d’entre eux aient été «duplicatifs», a déclaré M. Clark le mois dernier.

Le comité d’éthique de la Chambre continue d’examiner les préoccupations concernant la confidentialité et les plateformes de diffusion en continu telles que Pornhub. Il doit déposer un rapport contenant des recommandations plus tard cette année.

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