Une coalition réclame des changements dans l’enseignement de l’histoire au Québec

MONTRÉAL — L’histoire serait insuffisamment et inadéquatement enseignée, juge la Coalition pour l’histoire, qui rend publique sa plateforme de recommandations, samedi, à deux jours de l’élection au Québec.  

Estimant que son enseignement permet de former des citoyens éclairés, la Coalition pour l’histoire souhaite voir un cours d’histoire sur le Québec contemporain ajouté à la formation générale collégiale.  

Cette recommandation date d’au moins 10 ans, souligne le porte-parole de la Coalition, Gilles Laporte. Les enseignants de toutes les disciplines en conviennent : en arrivant au cégep, la formation des élèves sur l’histoire et la société québécoise est très lacunaire, ajoute-t-il.  

«On célèbre le centenaire de René Lévesque, ils ne savent pas c’est qui, on leur parle du mode de scrutin, ils ne comprennent pas de quoi il s’agit», déplore M. Laporte, qui est lui-même professeur d’histoire au Cégep du Vieux Montréal.  

Il estime que le tronc commun de la formation générale au cégep est «verrouillé» et «ne semble pas vouloir laisser la place à une discipline comme l’histoire».  

«Ces jeunes-là, ils acquièrent le droit de vote pendant qu’ils sont au cégep, ils deviennent souvent membres d’un syndicat, ils ont un employeur, ils signent parfois un bail… alors qu’ils sont peu éclairés sur les droits civiques du citoyen et sur l’origine historique des faits, de la diversité au Québec, des droits des autochtones, etc.» constate M. Laporte.  

Au-delà de la formation collégiale, la Coalition pour l’histoire s’intéresse à tous les niveaux. À part les lacunes dans l’enseignement de l’histoire du Québec moderne – inexistant au secondaire, précise M. Laporte — il est primordial de miser sur l’histoire locale.  

«La clé, elle n’est pas compliquée, c’est de partir du milieu d’où vient le jeune. C’est vrai pour les tout-petits comme les jeunes adultes. Ils sont avant tout parfois des Longueillois, des Montréalais, des Québécois… C’est par cercles concentriques qu’il faut fonctionner», plaide M. Laporte.  

Le professeur souligne que c’est avant tout par des sorties, des explorations et en interrogeant leur milieu qu’il parvient à intéresser les élèves à l’histoire du Québec.  

«Scandale» 

Il y a le contenu de la formation. Et il y a les enseignants.  

«C’est un scandale, s’indigne M. Laporte. Il y a une pénurie d’enseignants, on engage des gens au coin de la rue et, pourtant, il y a un bassin de plusieurs milliers d’excellents candidats qui ne peuvent pas enseigner.» 

Le porte-parole fait référence aux diplômés universitaires en histoire ou en géographie, mais qui n’ont pas de baccalauréat en enseignement.  

La Coalition propose un assouplissement des règles d’accès à la profession pour permettre aux candidats qui ont un diplôme universitaire dans l’une des matières enseignées au secondaire d’être embauchés, moyennant une formation d’appoint en pédagogie, comme un certificat d’un an.  

«Il y a une forme de mafia des facultés en éducation qui veulent absolument garder la main mise sur la formation des futurs enseignants pour des raisons de poste, pour des raisons corporatives, ce qui fait que la filière d’accès à l’éducation est actuellement bloquée», déplore M. Laporte. 

Avec des salaires débutant à 44 000 $ et allant jusqu’à 92 000 $, le porte-parole estime que «ce n’est pas normal qu’il y ait une pénurie de main-d’œuvre» et que cela concerne tout l’enseignement au secondaire, pas seulement celui de l’histoire.  

«Nous ne sommes pas les seuls à lancer cet appel – que le gouvernement assouplisse. Il a les moyens politiques et administratifs d’imposer d’autres filières», plaide M. Laporte.  

Il constate néanmoins que peu de partis osent s’avancer sur la formation des enseignants.  

La Coalition pour l’histoire a néanmoins noté plusieurs recommandations dans les programmes du Parti québécois (PQ) et de la Coalition avenir Québec (CAQ) qui se rapprochent de certaines de leurs demandes.  

«Un cours obligatoire d’histoire au collégial et la création de chaires universitaires en histoire» sont de celles que M. Laporte a relevées dans les plateformes du PQ et de la CAQ.  

«La CAQ propose une politique des commémorations, c’est le seul parti qui le fait, il a même émis un préprojet en juin dernier, qui va parfaitement dans le sens de ce que demande la Coalition», ajoute M. Laporte. 

La «Stratégie québécoise de commémoration» dévoilée en juin par le gouvernement de François Legault propose notamment un cadre de référence pour la commémoration gouvernementale et des aides financières pour soutenir les initiatives de commémorations.  

M. Laporte souligne aussi l’idée de la CAQ d’un musée d’histoire nationale, que la Coalition trouve fort intéressante.  

Du côté de Québec solidaire, le co-porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois s’est montré sensible au programme de formation des maîtres, selon M. Laporte, mais «il n’y a rien dans le programme de QS qui nous permet d’aller dans le sens de nos revendications». 

«C’est encore pire du côté du Parti libéral du Québec qui propose même des recommandations à contre-courant de ce que l’on souhaite, par exemple en s’opposant au nouveau cours au secondaire, Culture et citoyenneté québécoise, observe M. Laporte. Et le Parti conservateur du Québec se préoccupe peu de l’éducation.»  

La Coalition pour l’histoire est un regroupement de plusieurs organismes, dont la Fondation Lionel-Groulx, l’Action nationale, l’Association des professeures et des professeurs d’histoire des collèges du Québec (APHCQ), la Fédération Histoire Québec, la Fondation Maurice-Séguin, le Mouvement national des Québécoises et Québécois (MNQ), la Société historique de Québec (SHQ), la Société historique de Montréal (SHM), la Société des professeurs d’histoire du Québec (SPHQ), la Société du patrimoine politique du Québec (SOPPOQ) et la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM).

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