Une communauté crie veut poursuivre Ottawa pour les problèmes d’eau contaminée

WINNIPEG — La cheffe d’une Première Nation du Manitoba espère que le tribunal autorisera une action collective contre le gouvernement fédéral au nom des communautés comme la sienne qui doivent faire bouillir leur eau «depuis des décennies».

La cheffe de la nation crie de Tataskweyak, Doreen Spence, affirme dans la requête déposée le mois dernier que des gens sont tombés malades, sont incapables de respecter les traditions et ont même quitté la communauté après avoir enduré des décennies d’eau impropre à la consommation.

Le gouvernement savait que les installations de traitement et le financement étaient inadéquats, mais ils n’ont pas répondu de manière adéquate selon la requête.

«Bien que le Canada ait été informé des conséquences dévastatrices sur le plan humain causées par ces manquements, sa réaction à cette catastrophe humaine a été – et continue d’être – un mélange toxique d’inertie et d’incompétence», toujours selon la requête.

L’action collective vise à obtenir des dommages et intérêts et une ordonnance du tribunal obligeant le gouvernement à construire ou à approuver et à financer des systèmes d’approvisionnement en eau appropriés. L’action collective n’est pas encore certifiée.

Les allégations n’ont pas été prouvées devant les tribunaux et aucune déclaration de défense n’a été déposée.

La porte-parole de Services aux Autochtones Canada, Rola Tfaili, a déclaré que le ministère sollicitait des conseils juridiques. Le gouvernement fédéral a engagé plus de 2 milliards de dollars dans les infrastructures d’approvisionnement en eau et de traitement des eaux usées depuis 2016, a-t-elle ajouté.

Le territoire traditionnel de la nation crie Tataskweyak était vaste, et le mode de vie de la nation se fondait sur les déplacements des troupeaux de caribou du nord du Manitoba. Mais la réserve a été créée en 1908 à environ 48 kilomètres au nord-est de Thompson, sur les rives du lac Split.

Une grande partie de l’eau du sud du Manitoba se déverse dans la baie d’Hudson par les rivières Nelson et Burntwood, qui convergent dans le lac. La procédure judiciaire allègue qu’au fur et à mesure que l’utilisation des terres en amont et le développement hydroélectrique se développaient, la qualité de l’eau du lac se dégradait considérablement et la communauté en souffrait.

La première usine de traitement d’eau de Tataskweyak a été construite en 1959 et les membres de la communauté devaient remplir des seaux pour avoir accès à l’eau. Une plus grande usine a été construite en 1987 et demeure opérationnelle aujourd’hui.

Le poursuite indique que l’usine a été en proie à des problèmes qui remontent à sa construction originale. Elle ne peut pas non plus améliorer la qualité de l’eau du lac, qualité qui s’est considérablement dégradée ces dernières années en raison de l’augmentation de la population en aval et des récentes inondations.

La communauté de Tataskweyak fait l’objet d’un avis officiel d’ébullition depuis 2017, mais la requête affirme qu’elle connaît des problèmes d’eau contaminée depuis les années 1950.

Il est conseillé aux personnes d’éviter de nager dans l’eau, des enfants de la communauté ont des éruptions cutanées lorsqu’ils prennent un bain et la plupart des personnes paient pour de l’eau en bouteille.

«Traditionnellement, l’eau est un puissant médicament pour le peuple cri, mais les membres de la nation crie de Tataskweyak considèrent maintenant que leur eau est un poison.»

La plainte indique que le gouvernement fédéral a refusé de trouver une source alternative d’eau potable, malgré les recommandations de la communauté concernant la création d’un lac à proximité.

Lors de la campagne électorale fédérale de 2015, le premier ministre Justin Trudeau a promis de mettre fin d’ici mars 2021 à tous les avis à long terme sur l’eau potable dans les réserves. Depuis, 87 avis à long terme ont été levés. Actuellement, 57 de ces avis sont en vigueur.

Quatre Premières nations de l’Alberta – la nation Tsuut’ina, la Première nation de Sucker Creek, la nation crie d’Ermineskin et la tribu des Blood – ont déposé une plainte en 2014 et la bande indienne Okanagan, en Colombie-Britannique, a emboîté le pas cet été. Ces poursuites n’ont pas été réglées.

«C’est une question de santé et d’égalité, une question que le gouvernement fédéral ne peut plus ignorer», a déclaré le chef de l’Okanagan, Byron Louis, dans un communiqué de presse publié en août.

S’il est certifié, le recours collectif de la communauté de Tataskweyak serait ouvert aux membres des Premières nations qui ont reçu des avis relatifs à l’eau pendant plus d’un an depuis novembre 1995.

«Les conditions dans lesquelles … vivent les membres choqueraient les Canadiens qui n’ont jamais visité les communautés touchées», peut-on lire dans la requête de la communauté de Tataskweyak.

«Ces conditions ne constituent rien de moins qu’un embarras national.»

L’action collective, qui n’a pas encore été autorisée par un tribunal, réclamerait à Ottawa plus de 2,1 milliards $ en dommages et intérêts.

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