Une communauté qui «se serre les coudes»

MONTRÉAL — Pour les Haïtiens, le 1er janvier marque le Jour de l’indépendance, une occasion de commémorer la fondation de la première république noire de l’ère moderne. Les Québécois d’origine haïtienne, dont la communauté a été particulièrement frappée par les effets de la COVID-19, ont-ils le cœur à la fête cette année ? Rencontres avec quatre d’entre eux pour faire le point sur une année de chocs et de défis, mais aussi porteuse d’espoir. 

Deuxième portrait : Manuel Mathieu, artiste peintre contemporain 

Manuel Mathieu a vécu une année particulière pour plusieurs raisons. D’abord, parce que sa carrière ne s’est jamais aussi bien portée qu’aujourd’hui. Pour preuve, l’artiste originaire d’Haïti, qui est arrivé au Québec en 2005 à l’âge de 19 ans, a eu droit à sa première exposition solo au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) cet automne: Survivance. Ses toiles ont aussi été exposées à la Fondation PHI pour l’art contemporain et à la Power Plant de Toronto. 

L’an dernier il a également enchaîné les résidences à Sonoma, en Californie, ainsi qu’à l’Académie Schloss Solitude de Stuttgart, en Allemagne. 

Une carrière qui décolle pour l’artiste qui a d’abord fait un certificat en marketing à HEC Montréal avant de compléter un baccalauréat en arts visuels à l’UQAM.

Celui qui détient également une maîtrise en beaux-arts du Goldsmith’s College de Londres jouit d’une reconnaissance internationale qui ne cesse de grandir à en juger par les récentes expositions qu’il a fait à Pékin et à Bruxelles en 2019. 

Mais alors qu’il se trouvait en Allemagne pour une résidence artistique en janvier, la progression du virus l’a contraint de rentrer plus tôt que prévu. Malgré cela, Manuel Mathieu estime ne pas avoir «trop souffert d’un point de vue professionnel». Il admet se sentir «extrêmement chanceux» en ce moment. 

«Je ne pouvais pas rester indifférent»

Le constat est tout autre lorsqu’il tourne son regard vers les membres de sa communauté. «Il y a eu beaucoup d’éclosions de COVID-19, particulièrement à Montréal-Nord», rappelle-t-il. 

«Quand j’ai vu ça, je ne pouvais pas rester indifférent et j’ai fait un don à Hoodstock», un organisme  communautaire actif dans ce quartier du nord de la métropole. 

Ce qu’il a le plus apprécié cette année a été de constater le support que les gens ont démontré les uns envers les autres. «On a quand même une belle communauté à Montréal. On se serre les coudes. C’est quelque chose que je ne tiens pas pour acquis», dit-il. 

L’artiste de 34 ans n’a pas peur de mettre la main à son portefeuille pour soutenir les causes alignées avec ses valeurs. Lorsque le MBAM lui a acheté une œuvre pour la première fois en 2018, il a créé un Fonds pour permettre au musée montréalais d’acquérir des œuvres d’artistes québécois et canadiens sous-représentés.

«Je voulais les inviter à rêver»

L’implication de M. Mathieu n’est toutefois pas que monétaire. Le peintre apprécie aussi aller à la rencontre de différents publics, notamment les jeunes.

«J’avais planifié des visites guidées avec des écoles de Montréal-Nord. Malheureusement, il y a eu des éclosions dans les écoles, puis le musée a fermé [le 2 octobre]», explique-t-il. Ces rencontres n’ont donc pas eu lieu. 

«J’ai perdu plusieurs opportunités, il y a eu des expositions annulées, mais pour moi c’est ce qu’il y a de plus désolant», confie l’artiste à propos de l’occasion de rapprochement avec les jeunes qui lui était offerte. 

«Je crois que ça aurait pu être stimulant pour eux. Je voulais les inviter à rêver», dit-il. 

Peu de visiteurs ont eu l’occasion de découvrir son exposition qui s’est ouverte en grande pompe à la mi-septembre. Deux semaines plus tard, la province entamait un deuxième confinement. En guise de consolation, plusieurs expositions du MBAM dont Survivance, demeurent toutefois accessibles gratuitement sur le site du musée jusqu’au 11 janvier. 

Avec quelques projets en vue, le peintre basé à Montréal aurait eu plusieurs raisons de célébrer ce début d’année. Il fera d’ailleurs partie de l’exposition collective La machine qui enseignait des airs aux oiseaux, dès la réouverture du Musée d’art contemporain, et ce jusqu’au 25 avril 2021. 

Questionné sur ses plans pour le 1er janvier, il prévoyait simplement aller manger la traditionnelle soupe joumou chez sa mère. «Je ne suis pas un grand fêtard de toute manière.» 

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Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

MEO/JJB

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