Le Canada promet 350 millions $ pour la protection de la biodiversité dans le monde

MONTRÉAL — Le Canada a promis 350 millions $ «d’argent neuf» pour financer la protection de la biodiversité à l’international, à l’ouverture de la COP15 à Montréal. Cette conférence a débuté mardi, mais déjà les négociations s’annoncent difficiles. 

Le premier ministre Justin Trudeau a profité de l’ouverture de la COP15 pour annoncer 350 millions $ en financement international pour inverser la perte de biodiversité.

Le «temps presse», a rappelé le premier ministre aux milliers de délégués provenant des quatre coins du monde réunis au Palais des congrès.

«On est devant une crise de la biodiversité, un enjeu majeur qui ne peut pas être relégué au second plan», a-t-il dit.

Le Canada «fait des progrès comme jamais auparavant» et s’engage à «protéger 30 % du territoire au pays d’ici 2030», a indiqué le premier ministre en faisant référence à l’un des principaux objectifs de la COP15, qui est de protéger 30 % des terres et des océans d’ici la fin de la décennie.

«On n’a pas choisi ce 30 % au hasard. Selon les plus grands scientifiques, c’est le seuil critique, pour d’une part éviter les risques d’extinction et aussi assurer notre sécurité, entre autres alimentaire, et économique», a mentionné le premier ministre du Canada en précisant que «des dizaines de milliards de dollars dépendent de la nature, il faut agir, il faut agir dès maintenant».

Le discours de Justin Trudeau a été interrompu par un groupe de femmes autochtones qui ont dénoncé la construction de pipelines en Colombie-Britannique.

Les femmes ont brandi une affiche sur laquelle il était écrit: «pour sauver la biodiversité, arrêter l’invasion de nos territoires».

«Trudeau est un colonisateur», chantaient les militantes en jouant du tambour devant la scène. Des officiers du Département de la sûreté et de la sécurité des Nations unies ont escorté les femmes en dehors de la salle de conférence et Justin Trudeau a souligné cette interruption en indiquant que la liberté d’expression était importante au pays.

Ces femmes autochtones ne sont pas les seules à avoir fait référence aux combustibles fossiles lors de la cérémonie d’ouverture.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qui prenait la parole après Justin Trudeau, a fustigé la dépendance des humains «aux énergies fossiles qui a plongé notre climat dans le chaos» et qui contribue au déclin de la biodiversité.

M. Guterres a sermonné les multinationales qui «remplissent leurs comptes bancaires tout en vidant notre monde de ses dons naturels».

Les écosystèmes sont devenus «des jouets pour faire du profit», a dénoncé M. Guterres en incitant les pays à arrêter «l’orgie de destruction» pour renverser le déclin de la biodiversité.

Il a ajouté qu’avec «notre appétit sans fond pour une croissance économique incontrôlée et inégale, l’humanité est devenue une arme d’extinction massive».

Des négociations difficiles

Même si la COP15 de Montréal s’est ouverte officiellement mardi au Palais des congrès, les réunions des délégués des 196 pays avaient déjà débuté, à huis clos, pendant le week-end, et selon la secrétaire exécutive de la Convention sur la diversité biologique, trop peu de progrès ont été réalisés lors de ces journées préparatoires.

«Quelques progrès ont été faits, mais pas beaucoup, je n’ai pas l’impression que les délégués ont été aussi loin qu’on l’espérait», a indiqué Elizabeth Maruma Mrema lors de l’ouverture officielle de la conférence mardi matin.

Une remarque qui donne le ton à cette conférence et rappelle l’ampleur de la tâche qui attend les 196 pays qui doivent s’entendre sur un cadre mondial pour freiner le déclin de la vie sur Terre.

«Les délégués doivent se concentrer sur le but ultime, le résultat final», a ajouté la secrétaire exécutive de la Convention sur la diversité biologique.

Les diplomates ont défini 22 objectifs pour les négociations, notamment l’arrêt de la propagation des espèces envahissantes et la réduction de l’utilisation des pesticides et des plastiques.

Mais l’objectif principal sera de s’entendre sur la préservation de 30 % des terres et des océans.

«Les scientifiques nous disent que c’est le minimum nécessaire pour répondre aux changements climatiques et à la crise de la biodiversité», a indiqué le ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault, mardi matin, en ajoutant que le «30 % pour 2030, c’est l’équivalent du 1,5 degré Celsius, l’Accord de Paris».

Le ministre Guilbeault a mentionné que «les deux prochaines semaines ne seront pas faciles, le chemin vers le succès est semé d’embûches, et il faudra concilier des points de vue et des positions parfois très différentes».

Le financement, une «patate chaude»

Selon le Fonds mondial pour la nature (WWF), l’une des «patates chaudes» de cette COP, comme c’est souvent le cas lors des grands sommets, est la question du financement. 

Les États doivent contribuer financièrement à la restauration et la protection de la biodiversité. 

À la lumière des discussions des derniers jours, «on est très inquiets que la question de la finance soit celle qui fasse dérailler les négociations», a indiqué mardi matin le porte-parole de la WWF, Florian Titze. 

Un des objectifs est de convaincre les États d’arrêter les subventions qui nuisent à la biodiversité, ou encore de les rediriger vers des actions de protection de la biodiversité. Il s’agit par exemple de subventions aux agriculteurs qui utilisent certains types de pesticides, celles accordées aux larges groupes industriels qui font de l’élevage de bovins ou encore du financement des industries fossiles.

Réparer les dégâts

La COP15 rassemble 196 pays pour actualiser la Convention sur la diversité biologique et est considérée comme une tentative cruciale pour parvenir à un accord mondial sur la sauvegarde des écosystèmes mondiaux et des plantes et animaux qui en dépendent.

Il est temps, pour les humains, de réparer les dégâts et renverser le déclin de la biodiversité, a déclaré la directrice exécutive du Programme des Nations unies pour l’environnement, Inger Andersen.

«Nous ne pouvons pas nous permettre de continuer à nous frayer un chemin à travers le fragile réseau de la nature et de la biodiversité pour ouvrir la voie au développement humain. Les espèces, les écosystèmes et les avantages qu’ils procurent, dont nous dépendons tous, se dégradent et meurent lentement. La perte et la dégradation de la biodiversité ont un coût que nous mesurons non seulement en dollars, mais aussi en moyens de subsistance, faim, maladie, vulnérabilité, bien-être et décès», a indiqué Inger Andersen.

«Nous sommes les responsables de ça. Mais cette COP est notre chance de commencer à protéger et à réparer la toile de la vie», a-t-elle ajouté.

Des objectifs pour la prochaine décennie

Mary MacDonald, du Fonds mondial pour la nature Canada, souligne également que la COP15 pourrait fournir à la biodiversité ce que l’Accord de Paris a créé pour le changement climatique: des objectifs stricts pour la préservation de la nature.

Il faut, selon elle, que tous les pays reconnaissent qu’il faut que la nature se porte mieux en 2030 par rapport à aujourd’hui.

Le ministre Guilbeault a indiqué que le Canada avait quatre objectifs principaux pour l’accord final: atteindre le seuil de 30 %, inverser la perte de biodiversité d’ici 2030, fournir de l’argent aux pays en développement pour leur permettre d’atteindre ces objectifs et veiller à ce que les peuples autochtones soient pleinement impliqués.

Le ministre Guilbeault reconnaît qu’il ne sera pas facile d’atteindre ces objectifs. Il a dit que le dernier projet de convention qu’il avait vu contenait 1200 points sur lesquels les négociateurs ne se sont pas entendus.

L’événement créera une petite ville à l’intérieur de Montréal pour les deux prochaines semaines, avec 17 000 participants inscrits et 900 journalistes accrédités pour couvrir leurs délibérations.

La conférence COP15 se poursuivra jusqu’au 19 décembre.

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