Une députée conservatrice ramènera un peu la question de l’avortement à Ottawa

OTTAWA — Dans l’un de ses premiers gestes en tant que députée à Ottawa, la conservatrice Leslyn Lewis veut inviter Justin Trudeau dans un centre de grossesse qui risque de perdre son statut d’organisme de bienfaisance parce qu’il s’oppose à l’avortement.

La nouvelle députée ontarienne a révélé ce projet récemment à des manifestants rassemblés à Ottawa pour s’opposer à la promesse du gouvernement libéral de retirer le statut d’organisme de bienfaisance à ceux qui sont contre l’avortement.

Pendant la campagne électorale, M. Trudeau a promis de ne plus offrir ce statut «de bienfaisance» aux organisations qui fournissent «des conseils malhonnêtes aux femmes sur leurs droits et sur les options qui s’offrent à elles à toutes les étapes de la grossesse».

Il a cité comme exemple les «centres de ressources pour la grossesse», qui, selon les pro-choix, offrent des informations incorrectes sur la procédure, pour dissuader les femmes qui ont une grossesse non désirée.

Candidate l’an dernier dans la course à la direction des conservateurs, Mme Lewis était fortement soutenue par les membres «sociaux-conservateurs» du parti. 

Dans une déclaration, elle soutient que M. Trudeau a fait campagne sur une plateforme qui exige «l’adhésion à un test des valeurs illibérales (sic) du Parti libéral du Canada».

«En tant que députée, je m’opposerai à la politique illibérale anti-femmes proposée, qui chercherait à retirer le statut d’organisme de bienfaisance aux organisations (…) qui ne passent pas le test des valeurs de Justin Trudeau», déclare Mme Lewis.

Le ministère des Finances n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaires sur le moment ou la façon dont il envisage de supprimer le statut d’organisme de bienfaisance de ces centres de grossesse.

Que fera O’Toole ?

La coalition «Campaign Life», une organisation nationale opposée à l’avortement, s’est déjà mobilisée contre la promesse libérale. Elle a présenté mercredi des pétitions à la députée Lewis, ainsi qu’à d’autres députés issus des rangs «conservateurs sociaux», notamment le député albertain Arnold Viersen, qui était à la manifestation sur la Colline du Parlement, et qui promet de se battre en Chambre. 

On ignore toutefois dans quelle mesure le chef conservateur, Erin O’Toole, envisage de soutenir cette lutte. Interrogé sur l’engagement libéral jeudi, M. O’Toole a répété qu’il soutenait les droits reproductifs et qu’il ne croyait pas à la politisation des questions de santé.

«Si quelqu’un est en crise, pour quelque raison que ce soit, que ce soit la toxicomanie, l’itinérance, un problème lié au choix d’une femme, nous devons rassembler les gens, pas les diviser. Et c’est ce que les conservateurs essaieront de faire.»

Il y a plusieurs années, les conservateurs s’étaient vigoureusement opposés à la décision du gouvernement libéral d’exiger que les organisations candidates à son programme d’emplois d’été s’engagent à soutenir l’accès à l’avortement pour être admissibles à un financement.

Le mois dernier, un juge de la Cour fédérale a rejeté une contestation judiciaire contre cette exigence, émanant de l’organisme antichoix «Toronto Right to Life».

C’est dans la base sociale-conservatrice du Parti conservateur qu’on a entendu les critiques les plus féroces contre M. O’Toole. Ces militants estiment que le chef a renié les promesses qu’il leur avait faites pendant la course à la direction l’année dernière — où il avait d’ailleurs fait directement appel aux partisans de Mme Lewis, qui était arrivée troisième.

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