Une deuxième présumée victime témoigne au procès de Bertrand Charest

SAINT-JÉRÔME, Qc – Une deuxième présumée victime de l’ex-entraîneur de ski Bertrand Charest est venue exposer vendredi le contexte d’intense harcèlement psychologique qu’elle a vécu à son arrivée au sein de l’équipe nationale junior, en 1996.

Bertrand Charest subit au Palais de justice de Saint-Jérôme son procès lié à 57 chefs d’accusation, notamment d’agression sexuelle et d’abus de confiance, envers 12 victimes qui avaient entre 12 et 19 ans au moment des faits, dans les années 1990.

Rose (nom fictif) n’était âgée que de 15 ans et ne vivait que pour le ski lorsqu’elle est tombée sous la coupe de l’accusé dans l’équipe nationale junior.

Bien qu’elle n’ait pas été agressée sexuellement, elle a dit avoir été victime d’attouchements et d’une manipulation psychologique qui l’a brisée et mis un terme à sa carrière de skieuse au bout de deux ans.

Dans un témoignage extrêmement émotif, elle est allée jusqu’à dire qu’elle aurait presque souhaité avoir eu des relations sexuelles avec l’accusé afin de pouvoir venir en Cour pour dire qu’il l’avait violée.

La jeune femme a dit avoir gardé le silence pendant de nombreuses années parce qu’elle croyait qu’elle était seule à avoir souffert sous sa férule et que ce qu’elle avait vécu n’était pas assez important.

Elle a raconté que l’entraîneur l’avait forcée à skier malgré une blessure sérieuse, l’insultait constamment puis devenait très gentil à d’autres moments. «Chaque jour était un enfer», a-t-elle affirmé, qualifiant l’ex-entraîneur de «petite merde» («piece of shit»).

L’entraîneur avait exigé de ses athlètes qu’elles n’aient pas de petit copain et demandait régulièrement à Rose, lorsqu’ils étaient seuls, ce qu’elle faisait sur le plan sexuel avec le sien.

«Nous vivions dans sa bulle et nous étions manipulées et constamment dressées les unes contre les autres», a-t-elle raconté.

Une troisième victime, Cindy (nom fictif), a également fait part des commentaires de l’entraîneur sur ses relations sexuelles avec son petit ami.

Beaucoup plus calme, elle a aussi raconté des épisodes de proximité physique qu’elle trouvait un peu trop intimes.

L’entraîneur lui aurait aussi dit que son petit ami ne la fréquentait que pour le sexe et lui aurait dit: «Tu dois t’ennuyer de ton copain. Tu peux avoir des relations sexuelles avec moi».

Elle a surtout raconté avoir été mise au courant d’une relation entre Bertrand Charest et l’une de ses coéquipières et que cette dernière lui avait confié avoir été frappée par celui-ci.

L’après-midi a été consacré à l’écoute de la vidéo de la déposition de l’accusé lors de son arrestation en mars 2015.

Il avait alors admis aux policiers avoir été en amour avec deux des présumées victimes, mais avait soutenu n’avoir «jamais fait quelque chose à quelqu’un contre son gré (…) Quand il n’y a pas de consentement, pour moi, c’est du viol».

Il a toutefois reconnu avoir passé la vingtaine d’années suivant son départ du milieu du ski avec la crainte que ses relations avec ses skieuses reviennent le hanter.

«Ce n’est pas l’intention qui n’est pas correcte; c’est la société qui juge que ce n’est pas correct. Il n’y avait pas de mauvaises intentions», a-t-il dit au sujet de ses relations.

Il a cependant nié les allégations des autres plaignantes.

Bertrand Charest, qui a répété à quelques reprises que sa vie était finie, s’est tour à tour comparé, comme entraîneur de ski, à Wayne Gretzky, Michel Therrien et Marc Bergevin.