Une douche… dans sa camionnette, pour dénoncer les conditions à Kitcisakik

VAL D’OR, Qc — Jimmy Papatie, de la communauté Anicinapek de Kitcisakik, dans la réserve faunique La Vérendrye, s’est filmé en train de prendre une douche dans sa camionnette pour dénoncer les conditions des résidants de son village, dans une vidéo sur Facebook qui a atteint 60 000 vues en une journée.

Jimmy Papatie et son frère Peter ont usé de créativité pour créer une douche, dans un village où les quelque 500 habitants de ce village situé à 90 km au sud de Val-d’Or n’ont ni eau courante, ni électricité. Ils ont posé des réservoirs de plastique dans l’espace cargo de leur camionnette, le tout relié à une pompe, elle-même reliée à un tuyau et à une génératrice. On voit donc sur la vidéo un Jimmy Papatie en maillot de bain, shampooing à la main, effectuer ses ablutions matinales à l’eau froide. «En ces temps de confinement, je sais que Justin Trudeau et François Legault vont quand même prendre leur douche à l’eau chaude, dans leur domicile, affirme Jimmy Papatie. Pendant ce temps, ici, en 2020, on en est réduits à se laver avec les moyens du bord.»

Bloc sanitaire

Actuellement, à Kitcisakik, il n’y a que huit douches (quatre pour les adultes et quatre pour les enfants) dans le bloc sanitaire, ce qui provoque un défi de santé publique, avec la crise du COVID-19. «Et ce n’est pas tout, tonne Jimmy Papatie. Imaginez l’hiver, à -35 degrés, devoir habiller les enfants et se rendre à pied au bloc sanitaire pour que les enfants puissent prendre leur douche. Et encore, après un certain nombre de douches, l’eau chaude vient à manquer. Ici, personne n’a de douche dans son domicile. On est en 2020! »

Jimmy Papatie affirme que plusieurs de ses voisins cherchent des solutions pour se bricoler un endroit pour se laver. «Ça prend au moins une génératrice et un réservoir. Certains de mes voisins essaient de s’aménager quelque chose, mais pour l’eau chaude, ce n’est pas facile. Certaines personnes ne prennent pas de douches, ce qui augmente les dangers de problèmes de santé. D’autres vont directement dans le lac (NDLR : le Grand Lac Victoria), et il commence à y avoir des coliformes et des algues bleues.»

Relocalisation

Le conseil de la communauté travaille d’arrache-pied à relocaliser le village, situé près du Réservoir Dozois. Mais à cause de la pandémie, impossible de rencontrer les représentants du gouvernement, tant du côté administratif que politique. La relocalisation permettrait entre autres l’installation de lignes électriques et probablement d’un système d’aqueduc et d’égouts. En attendant, les résidants comme Jimmy Papatie doivent faire la file au bloc sanitaire ou s’improviser une douche comme son frère et lui l’ont fait. «Notre système fonctionne quand même assez bien, mais on a un défi du côté des eaux usées, précise Jimmy Papatie. Sans compter que nos sources d’eau ne sont pas de toute première qualité. Nous devons déjà se faire livrer de l’eau pour boire, on est loin de la coupe aux lèvres pour avoir des douches dans nos résidences.» Jimmy Papatie a bien lu certains commentaires sur Facebook, commentaires qu’il a qualifiés de désobligeants. «Je mets au défi ces gens-là de venir passer six mois ici, dit-il. La plupart des membres de la communauté travaillent et gagnent honnêtement leur vie. Mais c’est inconcevable qu’encore aujourd’hui, au Canada, au Québec, nos gouvernements acceptent que nous vivions dans de pareilles conditions.»

Texte de l’Initiative de journalisme local

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