Une étude brosse un portrait complet du diabète de type 1

MONTRÉAL — Quelque 8,4 millions d’individus vivent avec le diabète de type 1 à travers le monde, dont les deux tiers sont âgés entre 20 et 69 ans, révèle une nouvelle étude qui brosse pour la toute première fois un portrait de cette maladie à travers le monde.

Au Canada, on estime qu’environ 285 000 personnes souffraient du diabète de type 1 en 2022, et que le nombre de personnes atteintes augmente de 4,4 % par année. On prédit que plus de 455 000 personnes vivront avec cette maladie au Canada en 2040.

«C’est la première fois qu’on a des chiffres qui ont une certaine fiabilité pour savoir exactement le nombre de personnes qu’il y a, a dit le docteur Rémi Rabasa-Lhoret, un spécialiste du diabète de type 1 à l’Institut de recherches cliniques de Montréal. Pour prendre une analogie récente, c’est un peu comme si les sondages avant les élections étaient très imprécis avant, et que là, d’un seul coup, on a enfin un échantillon qui est suffisant.»

La marge d’erreur, poursuit-il, vient soudainement passer de 30 % à 6 %, ce qui représente bien évidemment une amélioration appréciable.

L’impact du diabète de type 1 sur la durée et la qualité de vie de ceux qui en souffrent peut être important. Au Canada, par exemple, on calcule qu’un individu qui reçoit un diagnostic à l’âge de dix ans sera privé de 22 années de vie en santé, dont 10,6 années qui seront retranchées à son espérance de vie.

En d’autres termes, un patient diagnostiqué d’un diabète de type 1 à l’âge de dix ans au Canada peut anticiper 61,4 années de vie en santé, démontre la nouvelle enquête. En comparaison, l’espérance de vie du même patient dans un pays pauvre serait, en moyenne, de seulement 13 ans.

On calcule enfin que 7450 vies pourraient être sauvées d’ici 2040 au Canada si tous les patients atteints d’un diabète de type 1 obtenaient d’ici 2023 un accès stable à l’insuline, aux bandelettes et à l’aide dont ils ont besoin pour auto-gérer leur maladie. Sans cet accès stable, c’est un patient sur dix qui ne survit pas après l’âge de 55 ans, prévient-on.

De tels chiffres, a dit le docteur Rabasa-Lhoret, sont absolument essentiels pour guider les politiques de santé publique, surtout quand on sait que le diabète est une maladie très lourde et très dispendieuse à gérer, aussi bien pour le patient que pour le réseau de la santé.

«Ce sont des discussions que nous avons régulièrement avec (…) la RAMQ, au sujet du nombre de gens qui vont être éligibles pour ce genre de choses-là, a-t-il expliqué. Et le passé nous a montré qu’assez souvent, les chiffres étaient largement sous-estimés par rapport à la réalité.»

L’étude permettra également de surveiller le nombre de nouveaux cas de diabète de type 1 qui sont diagnostiqués chaque année, a-t-il ajouté. Un peu comme cela s’est produit avec la pandémie de COVID-19, «quand notre système de santé était au bord de l’explosion, je pense que c’était extrêmement important pour le cabinet (du ministre de la Santé, Christian Dubé) de connaître le nombre de nouveaux cas», a dit le spécialiste.

L’étude remet par ailleurs en question la notion, acceptée de longue date en médecine, que le diabète de type 1 est une maladie qui se manifeste principalement à la puberté, quand le système immunitaire du patient se détraque et commence à détruire les cellules pancréatiques responsables de la production d’insuline.

L’enquête a ainsi constaté que, en 2021, ce sont 500 000 nouveaux cas qui ont été diagnostiqués, mais que l’âge médian du diagnostic était de 39 ans. Sans que l’on comprenne exactement pourquoi, a dit le docteur Rabasa-Lhoret, «plus de la moitié des cas maintenant, c’est après l’âge de 20 ans».

«Cette étude nous permet aussi de voir que le portrait a changé, que les gens développent la maladie en moyenne, oui plus fréquemment, mais aussi plus tard», a-t-il précisé.

Le ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos, a déposé cette semaine aux Communes un projet de loi pour un nouveau «cadre national» visant à améliorer l’accès au traitement et à la prévention du diabète au Canada.

La députée libérale Sonia Sidhu avait réclamé la création de ce nouveau «cadre national sur le diabète», dans un projet de loi d’initiative parlementaire qui a été adopté aux Communes en juin 2021.

Dans son projet de loi, la députée Sidhu affirmait que le nouveau cadre devait déterminer la formation, l’éducation et l’orientation dont les travailleurs de la santé ont besoin pour promouvoir le traitement et la prévention du diabète, y compris des «lignes directrices de pratique clinique».

La loi stipule également que le gouvernement devra veiller à ce que l’Agence du revenu du Canada administre le crédit d’impôt pour personnes handicapées «de manière équitable», pour venir en aide «au plus grand nombre possible de personnes atteintes de diabète».

Le diabète empêche la production ou l’utilisation naturelle de l’insuline dans l’organisme, ce qui réduit la régulation du glucose dans le sang. Il s’agit d’une cause majeure de cécité, d’insuffisance rénale, de crise cardiaque, d’accident vasculaire cérébral et d’amputation des membres inférieurs.

Le coût annuel du traitement de la maladie atteindrait 30 milliards $, selon les statistiques publiées par Diabète Canada.

En mars dernier, 5,7 millions de Canadiens étaient atteints de diabète diagnostiqué et cinq autres millions souffraient de prédiabète.

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