Une étude révèle l’invisibilité des femmes en situation d’itinérance au Canada

OTTAWA — Un nouveau projet de recherche révèle que les femmes en situation d’itinérance au Canada sont très largement invisibles et glissent entre les mailles du filet social pour se retrouver dans des situations dangereuses.

L’étude, menée par le «Women’s National Housing and Homelessness Network», affirme que l’ampleur du problème est grandement sous-estimée parce que les femmes sont plus à risque de se tourner vers des formes de soutien précaires et dangereuses, comme dormir sur le divan d’une connaissance ou être hébergées en échange de faveurs sexuelles.

Ce qui veut dire que le nombre réel de femmes, de filles et d’autres personnes des minorités sexuelles en situation d’itinérance est largement plus élevé que les estimations officielles le laissent croire.

Selon la chercheuse principale de l’Observatoire canadien sur l’itinérance, Kaitlin Schwan, les refuges d’urgence du Canada refusaient déjà près de 1000 femmes et enfants par jour avant que la pandémie de la COVID-19 ne frappe.

Elle prévient que l’impact économique disproportionné que la crise sanitaire a causé particulièrement aux femmes racisées va se traduire par beaucoup d’autres femmes poussées à l’itinérance dès que les moratoires sur les expulsions de logements seront levés.

L’étude, qui se veut le premier portrait national exhaustif des femmes en situation d’itinérance au Canada, révèle également que ces femmes sont beaucoup plus à risque d’être victimes de violence.

D’après les données, plus de 37 % des femmes en situation d’itinérance ont été victimes d’agressions sexuelles contre 8,2 % des hommes.

Pour les femmes qui réussissent à obtenir une place en refuge d’urgence, elles sont souvent davantage punies par les politiques bureaucratiques, comme la menace de perdre la garde de leurs enfants.

Kaitlin Schwan ajoute que la COVID-19 a offert une occasion au Canada de repenser son système de lutte à l’itinérance, particulièrement au moment où le débat public s’intéresse aux obstacles systémiques qui nuisent de façon disproportionnée à certaines parties de la population.

Les autrices de l’étude appellent le Canada à adopter une approche plus sensible aux enjeux des genres en matière d’intervention en itinérance afin de prévenir qu’un grand nombre de femmes se retrouvent encore dans des situations précaires et dangereuses.

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