Une étude sur la fatigue musculaire des musiciens pourrait aider les travailleurs

MONTRÉAL — Une étude sur la fatigue musculaire des musiciens réalisée à l’Université de Montréal pourrait un jour venir en aide aux travailleurs qui doivent poser des gestes répétitifs dans le cadre de leur emploi.

«Comme (les musiciens) utilisent beaucoup leur corps, et comme ce sont des tâches qui sont excessivement répétitives, très précises et très rapides, ça génère de la fatigue et cette fatigue accumulée peut être associée au développement de troubles musculosquelettiques», a expliqué le professeur Fabien Dal Maso, de l’École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique de l’UdeM.

M. Dal Maso et ses collègues ont profité d’un partenariat avec la faculté de musique de l’université pour recruter 50 étudiants pianistes aux fins de leur projet.

Ils ont ciblé l’avant-bras de leurs participants, a-t-il dit, puisque c’est la région du corps, chez les pianistes, qui serait la plus susceptible de développer de telles blessures.

Les chercheurs ont placé une cinquantaine d’électrodes sur l’avant-bras droit des pianistes, afin d’enregistrer l’activité musculaire. Ils ont ensuite demandé à leurs participants d’utiliser un seul doigt pour jouer différentes notes, ou encore de répéter plusieurs accords en succession.

«On a tout simplement demandé aux participants de jouer jusqu’à ce qu’ils atteignent un certain niveau d’effort inconfortable, a dit M. Dal Maso. Ils commençaient à jouer leur séquence avec un métronome, et ils jouaient jusqu’à ce que l’effort devienne trop important, un niveau de 8 sur une échelle de 1 à 10. Sinon, on arrêtait après 12 minutes pour éviter que ça génère des blessures.»

La cohorte comportait autant d’hommes que de femmes. De plus, en tant qu’étudiants à la faculté de musique, tous les pianistes étaient des musiciens de calibre et d’expérience comparables. Des différences ont pourtant fait surface assez rapidement.

Ainsi, certains n’ont pas été en mesure de jouer pendant plus de trois ou quatre minutes, tandis que d’autres auraient pu continuer à jouer bien plus longtemps que ce que permettaient les chercheurs.

«On a trouvé que chez les pianistes qui tenaient le moins longtemps, la fatigue qui était générée au niveau des muscles de l’avant-bras était plus importante, a expliqué M. Dal Maso. Donc à la fois ils tiennent moins longtemps, et ils ont plus de fatigue. Ça nous intéresse particulièrement, parce qu’on se demande si, à partir de tests comme ceux-là, on serait capables de prédire le développement de blessures.»

Population peu étudiée

Cette expérience a été réalisée il y a environ deux ans. Les participants seront maintenant rejoints au téléphone pour tenter de déterminer si les blessures musculosquelettiques qu’ils pourraient avoir subies depuis leur participation pourraient être associées à la fatigue musculaire qui avait été observée à ce moment.

«La musique et les musiciens, ce n’est pas une population qui a été beaucoup étudiée d’un point de vue prévention des blessures malgré la forte prévalence de blessures qu’ils subissent, a dit M. Dal Maso. Plus de 80 % des musiciens vont subir des blessures pendant leur carrière; ils vont avoir des troubles musculosquelettiques qui vont les empêcher de performer à leur niveau.»

Les connaissances acquises lors de ces expériences pourraient un jour profiter à tous ceux et à toutes celles qui, dans le cadre de leur emploi, doivent répéter le même geste des milliers de fois.

M. Dal Maso et ses collègues travaillent d’ailleurs à des projets qui sont subventionnés par l’Institut de recherche en santé et en sécurité au travail et qui étudient également les mouvements excessivement répétitifs.

Ils essaient de comprendre comment, en milieu de travail réel, il serait possible d’instrumenter les travailleurs pour quantifier en temps réel leur développement de fatigue. Les chercheurs envisagent par exemple le développement de dispositifs pour prévenir le risque de blessures.

L’avantage de recruter des étudiants de la faculté de musique,
a ajouté M. Dal Maso, tient notamment au fait qu’ils seront facilement accessibles pendant au moins quatre ans, le temps de compléter leurs études, ce qui ne serait pas nécessairement le cas avec d’autres membres de la population.

D’autres projets portent ainsi sur les violonistes, qui sont très souvent victimes de blessures à l’épaule et au cou.

«L’objectif, ce sera de généraliser ces connaissances-là et de voir si elles s’appliquent à d’autres populations de travailleurs qui sont aussi susceptibles de développer des troubles musculosquelettiques», a dit M. Dal Maso en conclusion.