Une femme acquittée du meurtre de sa belle-fille après 25 ans

TORONTO – La plus haute cour de justice de l’Ontario a acquitté une femme qui avait plaidé coupable, il y a 25 ans, d’avoir tué sa belle-fille de trois ans.

La décision en faveur de Maria Shepherd, de Brampton en Ontario, a été dévoilée après une courte audience à la demande de la Couronne et de la défense.

Maria Shepherd a plaidé coupable en 1992 de l’homicide involontaire coupable de Kasandra Shepherd, devant les preuves du pathologiste déchu Charles Smith, qui était alors considéré un expert incontestable.

L’avocat de la défense, James Lockyer de l’association pour la défense des condamnés à tort, a fait valoir aux juges que d’autres experts avaient depuis conclu que l’avis du pathologiste était gravement erroné.

L’avocat de la Couronne, Howard Leibovich, avait aussi réclamé que la condamnation de Mme Shepherd soit annulée, et que la femme soit acquittée.

Selon Me Leibovich, une «erreur judiciaire» s’est produite et Mme Shepherd n’aurait jamais plaidé coupable si elle avait su ce qu’elle sait maintenant.

Le juge David Watt a donc exonéré la femme, affirmant que la preuve de Charles Smith avait constitué le «pivot» de l’argumentation de la Couronne. Le système judiciaire lui a tendu un «puissant incitatif» pour qu’elle plaide coupable, car elle risquait une longue peine d’emprisonnement si, après un plaidoyer d’innocence, elle était tout de même condamnée.

Charles Smith a pratiqué l’autopsie sur plusieurs enfants morts de manière suspecte. Plusieurs ont mené à des condamnations injustifiées.

Une révision de son travail et une enquête publique subséquente a dévoilé plusieurs graves erreurs. Son permis de pratique médicale lui a été retiré en 2011.

Des documents indiquent que Kasandra avait commencé à vomir puis qu’elle s’était évanouie, en avril 1991. Elle était malade depuis longtemps. Elle est morte deux jours après avoir été admise à l’hôpital. M. Smith avait conclu qu’elle était morte d’un traumatisme crânien découlant d’un coup d’une «force importante».

Mme Shepherd avait avoué à la police avoir poussé la petite une fois, et que son poignet et sa montre avaient touché l’arrière de sa tête, mais elle ne croyait pas que cela puisse tuer l’enfant. Son avocat avait consulté un expert indépendant qui avait indiqué que la théorie de Charles Smith était plausible. L’accusée a donc plaidé coupable et a obtenu une peine de deux ans moins un jour.

Depuis, cependant, des experts légistes ont conclu que le témoignage du pathologiste contenait «un certain nombre d’erreurs importantes».

La théorie retenue est que Kasandra avait déjà une lésion cérébrale qui a causé des crises ou qu’elle a soudainement développé un trouble convulsif qui l’a tuée.