Une femme de retour au Canada après un séjour dans des camps de prisonniers syriens

OTTAWA — Une Canadienne qui a passé plus de deux ans dans des camps de prisonniers syriens est de retour d’Irak après avoir lutté contre le gouvernement canadien afin d’obtenir un document de voyage d’urgence.

L’avocat de la femme, Paul Champ, affirme qu’elle est arrivée au Canada tard lundi et qu’elle a retrouvé sa fille de cinq ans et les autres membres de sa famille.

L’enfant, qui est née en Syrie, est venue au Canada plus tôt cette année pour vivre avec sa tante.

La lutte de plusieurs mois de cette femme pour rentrer chez elle met en évidence le sort de plusieurs Canadiens parmi les milliers de ressortissants étrangers détenus dans les camps syriens par les forces kurdes qui ont repris la région déchirée par les conflits à l’État islamique d’Irak et du Levant.

La Presse Canadienne n’identifie pas la femme, sa fille ou leur emplacement actuel par souci de sécurité.

Au cours de l’été, la femme croyait être sur le point d’obtenir un document de voyage des autorités canadiennes, mais lorsque le processus a été bloqué, elle a porté son cas devant la Cour fédérale.

«Il est honteux que ma cliente ait dû poursuivre le gouvernement canadien pour le forcer à lui donner un passeport d’urgence», a déclaré M. Champ mardi.

«Nous n’avons toujours pas d’explication sur la raison pour laquelle le Canada l’a laissée bloquée à IErbil, en Irak, à quelques rues du consulat canadien qui aurait pu lui délivrer un passeport d’urgence à tout moment».

La femme est née en Somalie, est arrivée au Canada avec sa famille en 1993 et est devenue citoyenne en 2004. Elle a grandi à Toronto et a ensuite déménagé à Vancouver. 

En 2014, elle a quitté le Canada pour la Turquie, se rendant bientôt en Syrie. 

«Peu de temps après, j’ai réalisé que j’avais été manipulée pour aller dans ce pays», a-t-elle affirmé dans une déclaration sous serment déposée à la Cour fédérale.

«Pendant mon séjour en Syrie, j’ai essayé à plusieurs reprises de partir, mais je n’ai pas été autorisée à le faire. J’ai été déplacée à de nombreuses reprises. Je n’ai pas été autorisée à parler à ma famille ou à mes amis. On m’a confisqué mon téléphone. J’étais complètement isolée du monde extérieur».

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a envoyé des agents à Erbil pour interroger la femme à la fin du mois d’octobre. Les agents de la GRC ont rencontré la femme à son arrivée au Canada cette semaine et ont demandé un engagement de ne pas troubler la paix publique, ce qui oblige une personne à respecter certaines conditions, a soutenu M. Champ.

«Je présume que la GRC considère qu’une demande d’engagement de ne pas troubler la paix publique est prudente dans les circonstances, compte tenu de la nature de son voyage, mais je prévois qu’elle ne sera pas maintenue longtemps. Rien ne prouve qu’elle constitue une menace pour qui que ce soit et aucune accusation n’a été portée contre elle», a-t-il ajouté.

«Ce qui est le plus important en ce moment, c’est que ma cliente est en sécurité avec sa famille, qu’elle voit sa mère après presque huit ans et sa fille après huit mois».

«La femme était ravie de voir son jeune enfant», a déclaré M. Champ.

La femme a pris contact avec Peter Galbraith, un diplomate américain à la retraite qui aidait les femmes et les enfants à sortir des camps de prisonniers.

Dans sa propre déclaration sous serment déposée auprès du tribunal, M. Galbraith a raconté comment il a d’abord fait en sorte que l’enfant soit libérée et confiée à la garde de la sœur de la femme. Quelques mois plus tard, craignant pour la sécurité de la femme, il a persuadé les autorités de la libérer, et ils se sont dirigés directement vers Erbil, en Irak.

La femme a fourni de nombreuses informations au «Federal Bureau of Investigation» (FBI) des États-Unis sur les suspects de l’État islamique et les enfants américains kidnappés, a affirmé M. Galbraith.