Une femme du Nunavut qui avait tué son mari violent pour se défendre est acquittée

IQALUIT, Nunavut — Une femme du Nunavut qui avait plaidé la légitime défense pour avoir tué son conjoint violent a été acquittée. 

En rendant sa décision, la juge au procès a toutefois prévenu que le cycle de violence conjugale dans ce territoire nordique se poursuivra tant que les victimes n’obtiendront pas un soutien adéquat, en amont.

Sandra Ameralik, du hameau inuit de Gjoa Haven, a été accusée de meurtre au deuxième degré après avoir poignardé avec un grand couteau de cuisine son mari, Howie Aaluk, père de ses six enfants, lors d’une dispute chez eux en juin 2017. Mme Ameralik avait 29 ans à l’époque et elle était enceinte de 29 semaines.

Lors du procès, en octobre, elle a raconté que son mari l’avait agressée physiquement pendant des années. Elle a soutenu qu’elle n’avait pas tenté de tuer son mari ce jour-là: elle essayait simplement de l’empêcher de leur faire du mal, à elle et à son enfant à naître, et qu’elle visait son bras avec le couteau.

Dans une décision rendue publique mercredi, la juge Susan Charlesworth a conclu que Mme Ameralik n’était pas coupable de meurtre au deuxième degré ou même de l’accusation réduite d’homicide involontaire coupable.

Selon son avocate, Alison Crowe, c’est la première fois au Nunavut qu’une personne est acquittée en invoquant le syndrome de la femme battue. Dans une décision marquante, en 1990, la Cour suprême du Canada a statué qu’on pouvait invoquer ce syndrome pour plaider la légitime défense.

Pas de refuges 

«Il est difficile pour le profane de comprendre le syndrome de la femme battue, écrivait le plus haut tribunal du pays il y a 30 ans. On croit communément que les femmes battues ne sont pas vraiment battues aussi sévèrement qu’elles le prétendent, sinon elles auraient mis fin à la relation. Certains pensent d’autre part que les femmes aiment être battues, qu’elles ont des tendances masochistes. Chacun de ces stéréotypes peut jouer défavorablement dans l’examen de l’allégation d’une femme battue qu’elle a agi en légitime défense quand elle a tué son partenaire.»

Gary Magee, procureur de la Couronne dans la cause de Mme Ameralik, a déclaré que son bureau n’avait pas encore décidé s’il ferait appel de l’acquittement.

«Il est clair pour moi qu’il n’y avait aucun autre moyen à la disposition de Mme Ameralik pour répondre à la menace posée par M. Aaluk», a conclu la juge Charlesworth, qui a aussi souligné les «lacunes systémiques» dans le système judiciaire au Nunavut. «Nous ne saurons pas comment le cours de l’histoire de cette famille aurait pu changer si Mme Ameralik avait eu le soutien nécessaire pour poursuivre son témoignage contre M. Aaluk dans l’un des procès pour violence entre partenaires intimes qui ont été portés contre lui», a-t-elle dit.

Les chiffres de Statistique Canada montrent que la violence familiale déclarée par la police au Nunavut est 10 fois supérieure à la moyenne canadienne. Rebecca Kudloo, présidente de l’organisation de femmes inuites Pauktuutit, soumet que ces taux élevés ne sont pas nouveaux, mais «font partie de l’héritage horrible de la colonisation, de la réinstallation des Inuits et des effets des pensionnats».

Par ailleurs, dans l’ensemble de l’Inuit Nunangat, qui représente les régions des Territoires du Nord-Ouest, du Nunavut, du Nunavik et de Terre-Neuve-et-Labrador, 70 % des collectivités n’offrent pas de refuges pour les femmes et les enfants qui voudraient fuir la violence domestique. «Et dans le Nord, dans une communauté isolée, vous ne pouvez pas simplement déménager dans une autre maison, parce que toutes les maisons sont surpeuplées», a rappelé Mme Kudloo.

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