Une femme fabrique 100 poupées pour les enfants touchés par l’explosion de Beyrouth

Dans la foulée de l’explosion massive qui a dévasté Beyrouth, Yolande Labaki, 93 ans, s’est demandé comment elle pourrait contribuer à panser les plaies de la capitale libanaise.

La peintre de renommée internationale a décidé de fabriquer une centaine de poupées à l’intention des enfants traumatisés ou affectés d’une manière ou d’une autre par la catastrophe.

Mme Labaki a tiré son inspiration d’une autre tragédie libanaise gravée à jamais dans sa mémoire: l’expression sur le visage de l’un de ses petits-enfants, alors âgé d’environ 3 ans, lorsque sa maison a été endommagée pendant la guerre civile de 1975-1990.

«Il a vu tous ses jouets au sol au milieu des décombres et il m’a demandé: »Qui a cassé mes jouets? » Ses yeux étaient remplis de larmes», se souvient-elle.

Ainsi, lorsque d’énormes stocks de nitrate d’ammonium entreposés dans le port de Beyrouth se sont enflammés et ont explosé le 4 août dernier, faisant au moins 200 morts et des milliers de blessés, en plus de laisser une partie de la ville en ruines, Mme Labaki a pensé aux enfants qui devaient «eux aussi se demander qui a cassé leurs jouets».

L’arrière-grand-mère s’est mise au défi et s’est fixé un échéancier.

«J’ai dit: »Dieu, si vous m’en donnez la force, j’en ferai 100 d’ici Noël »», raconte-t-elle.

Et ainsi commença un labeur de plusieurs mois, entrepris par amour.

Il lui a été difficile de confectionner le visage de la poupée: elle voulait s’assurer de ne pas apeurer les enfants. Elle a minutieusement brodé ses traits à l’aide d’une machine à coudre, d’un tissu rembourré de coton et de minuscules robes sur mesure. Puis, des organisations non gouvernementales ont aidé à distribuer les joujoux.

Deux des poupées sont allées aux filles de Georges Chlawuit. La détonation avait fait éclater les fenêtres de leur maison familiale, rapporte ce résidant de Beyrouth.

«Au moins, elle a pensé à ces pauvres enfants après ce qui s’est passé lors de l’explosion, dit-il. Que Dieu la garde et lui donne une bonne santé. Si ce n’avait été de ce ralliement du peuple libanais, nous n’aurions pas pu nous remettre sur pied.»

Ses filles dorment désormais avec leur nouvelle poupée, souligne-t-il. La récompense de Mme Labaki: des photos des visages rayonnants des fillettes ayant reçu ses créations.

«C’est un plus grand cadeau pour moi que ce ne l’est pour les enfants», affirme-t-elle.

– Par Marian Fam, The Associated Press

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