Une femme qui a aidé Snowden souhaite que le Canada accueille d’autres réfugiés

MONTRÉAL — «Reconnaissante.» C’est le mot qu’a prononcé le plus souvent en conférence de presse Vanessa Rodel, fraîchement arrivée à Montréal où elle va s’établir avec sa fille de sept ans.

La femme fait partie de ce groupe de personnes appelées «anges gardiens d’Edward Snowden» car elle a aidé à cacher le lanceur d’alerte américain à Hong Kong, en 2013.

Elle est arrivée au Québec mardi après-midi après un long voyage et une escale la veille à Toronto.

Si elle dit avoir très hâte de commencer ici sa nouvelle vie, elle ne peut oublier ceux qui sont restés derrière. Elle espère que le Canada va aussi accueillir ceux qui ont aidé le fugitif, et les membres de leurs familles. Parmi eux, le père de sa fille Keana, qui a eu deux enfants avec une autre femme, qui sont le demi-frère et la demi-soeur de sa fillette.

Réfugiés eux aussi, ils sont coincés à Hong Kong après le rejet de leur demande d’asile.

«Leur vie est en danger», a-t-elle dit.

Mme Rodel et sa fille sont parrainées par le groupe «Pour les réfugiés», qui va assumer toutes leurs dépenses jusqu’à ce qu’elles volent de leurs propres ailes. La mère a déjà indiqué que ses priorités sont d’apprendre le français, de trouver un endroit où habiter et une école pour sa fille, ainsi que du travail.

Et demain, peut-être goûter à du sirop d’érable, a-t-elle confié aux journalistes.

«Je suis libre. Je suis en sécurité», a-t-elle répété lors de la conférence de presse à Montréal.

Avec timidité et le sourire, elle a ajouté être «très reconnaissante envers mes avocats qui ne m’ont jamais laissée tomber et qui ont fait en sorte que j’arrive ici au Canada».

La femme est arrivée au pays comme résidente permanente, a précisé l’un de ses avocats au Canada, Marc-André Séguin, aussi président du groupe «Pour les réfugiés».

Pour la première fois en 10 ans, Mme Rodel va avoir le droit d’avoir des soins de santé et le droit de travailler, a-t-il précisé. Elle venait de passer des années dans l’incertitude la plus totale après avoir fui son pays, les Philippines.

Ceux qui sont restés derrière sont très vulnérables, soutient Me Séguin. Ils n’ont pas le droit de travailler et se sont fait couper toute aide par l’État.

Et puis, ce ne serait pas juste que Keana grandisse ici sans son père, et sans son demi-frère et sa demi-soeur, a renchéri Robert Tibbo, l’avocat du groupe à Hong Kong. Ils sont d’ailleurs à risque d’être déportés vers le Sri Lanka.

Il soutient que le premier ministre a le pouvoir d’intervenir dans les demandes des autres membres du groupe, et ainsi réunir la famille.

C’est ce qu’a aussi demandé Edward Snowden lui-même, en français dans un message transmis lundi de son compte twitter. L’homme vit toujours caché.

«Merci à tous ceux qui, au Canada et dans le monde entier, ont rendu cela possible. Après tant d’années, la première des familles qui m’a aidé est libre et a un avenir. Mais le travail n’est pas fini — avec la solidarité et la compassion, le Canada peut tous les sauver».

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