Une fête qui inspire, une soupe qui rassemble

MONTRÉAL — Pour les Haïtiens, le 1er janvier marque le Jour de l’indépendance, une occasion de commémorer la fondation de la première république noire de l’ère moderne. Les Québécois d’origine haïtienne, dont la communauté a été particulièrement frappée par les effets de la COVID-19, ont-ils le cœur à la fête cette année ? Rencontres avec quatre d’entre eux pour faire le point sur une année de chocs et de défis, mais aussi porteuse d’espoir. 

Troisième portrait : Paul Toussaint, chef et restaurateur, propriétaire du Kamùy 

«Le restaurant était rempli.» Paul Toussaint, qui a ouvert son restaurant en pleine pandémie, est toujours surpris de la réponse du public, quatre mois plus tard. 

Celui qui est passé par les cuisines du Toqué et d’Agrikol a ouvert le Kamùy cette année. Le chef dans la trentaine se rappelle l’ouverture de sa salle à manger, le samedi 8 août, comme le moment fort de cette année. 

En l’absence de festivals, la survie des commerces situés dans le Quartier des spectacles était loin d’être assurée. 

 «La communauté m’a soutenu à fond, les gens se déplaçaient jusqu’au centre-ville», explique
M. Toussaint, encore reconnaissant. 

«Je ne m’attendais pas à ce que Montréal reçoive mon resto comme ça. Vraiment, je ne m’attendais pas à ça.» 

De nombreux clients sont venus visiter l’établissement à plusieurs reprises jusqu’à sa fermeture temporaire en octobre en raison des restrictions sanitaires. Il raconte qu’un client est même venu manger à sa table une dizaine de fois en l’espace d’un mois. Et qu’il a dû en refuser d’autres à la porte à certains moments. 

Tout cet élan de reconnaissance n’a fait que raviver son désir de reprendre les commandes de son restaurant dès que la situation sanitaire le permettra. 

«J’attends le printemps pour redémarrer plus fort», dit-il d’un ton résolument enthousiaste. 

«L’une des plus grandes journées au monde»

Multipliant les projets, après s’être lancé dès le mois de mars dans les travaux menant à l’ouverture du Kamùy, puis à la gestion du comptoir qu’il tient au Time Out Market du centre-ville de Montréal durant la majeure partie de l’automne, M. Toussaint entend bien se reposer quelques jours. 

C’est donc en Haïti qu’il termine l’année, et il se réjouit de pouvoir y célébrer du même coup le Jour de l’indépendance. 

«Ça fait des années que je n’ai pas eu la chance d’être en Haïti pour le 1er janvier, dit-il avant de souligner que le coronavirus ne fait pas autant de ravage dans son pays natal. Par le passé, j’étais plus souvent aux États-Unis dans ma famille, ou ici.»

Le chef cuisinier explique qu’il voit cette opportunité comme «un gros cadeau».

«Pour moi c’est l’une des plus grandes journées au monde. Des gens qui étaient esclaves et qui ont décidé de briser leurs chaînes pour se tenir debout: c’est beau à voir, à entendre, et à vivre comme histoire. Ils ont inspiré d’autres peuples à prendre leur indépendance.»

Un potage symbole de liberté

Paul Toussaint aime particulièrement l’aspect communautaire de la fête nationale haïtienne. Peu importe la condition sociale de chacun, tous partagent la soupe traditionnelle en cette journée de commémoration. 

Cette soupe nommée «joumou» est un potage copieux et épicé à base d’une variété de courge. Le plat, interdit aux esclaves durant le régime colonial français, est devenu symbole de liberté depuis l’obtention de l’indépendance par les Haïtiens en 1804.

Dès que sonne minuit, c’est autour d’un généreux bol de soupe joumou, giraumon en créole, qu’amis et familles accueillent la nouvelle année. Ce met traditionnel notamment composé de pâtes, de légumes et de bœuf se déguste dans l’abondance et la bonne humeur. 

«Les voisins laissent leurs portes ouvertes. Que tu sois riche ou pauvre, tu peux passer chez n’importe qui pour manger la soupe, même pas besoin de la faire», explique Paul Toussaint en riant. 

Le chef reconnaît que pour bon nombre de personnes, l’année a été éprouvante. L’optimiste en lui croit tout de même que l’année qui débute sera plus clémente que celle qui se termine.

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Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses de Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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