Une fonctionnaire californienne espère diriger l’EPA de Joe Biden

SACRAMENTO, Calif. — Pendant plus de 40 ans, Mary Nichols a été la régulatrice derrière certaines des politiques climatiques les plus ambitieuses du pays et, ces dernières années, elle a été leur plus fervente défenderesse contre les efforts du président Donald Trump pour les démanteler.

Avec Joe Biden qui se dirige vers la Maison-Blanche, Mme Nichols espère qu’elle n’a pas fini son travail.

La dame de 75 ans termine son second mandat en tant que présidente de l’Agence pour la qualité de l’air de l’État de la Californie (le California Air Resources Board) le mois prochain. Ces fonctions ont fait d’elle la principale régulatrice de l’air et du climat pour l’État le plus peuplé et le plus influent économiquement du pays. 

Elle est perçue comme l’une des principales candidates en lice pour diriger l’Agence de protection environnementale (EPA) de Joe Biden.

Heather McTeer Toney, directrice à l’organisation Moms Clean Air Force, et Mustafa Santiago Ali, de la National Wildlife Federation, tous deux d’anciens responsables de l’EPA, sont également sur la courte liste.

Joe Biden a signalé que le changement climatique serait une priorité absolue de son administration.

Pour Mme Nichols, cette nomination serait l’apogée d’une carrière marquée par l’implantation de règles strictes en matière de pollution atmosphérique, la négociation de normes d’émissions historiques pour les véhicules et la mise en œuvre du système d’échange de carbone de la Californie. Elle a travaillé à l’EPA de 1993 à 1997 en tant que dirigeante de l’Office of Air and Radiation, dont la mission est de protéger le public contre les radiations et la pollution atmosphérique intérieure.

«Ce n’est pas tout le monde qui a dirigé un programme d’action climatique, ou un programme atmosphérique d’ailleurs. Et j’aime travailler avec de grandes administrations», a-t-elle confié à l’Associated Press.

«S’ils l’offraient, je l’accepterais.»

L’équipe de transition de Joe Biden n’a pas dit quand elle annoncerait ses candidats dans le domaine de l’environnement et de l’énergie, et Mme Nichols n’avait pas été rencontrée en milieu de semaine. Mary Nichols a déjà travaillé avec la vice-présidente désignée Kamala Harris, qui était auparavant procureure générale de la Californie.

Si les républicains conservent le contrôle du Sénat, sa confirmation pourrait être difficile en raison de leur opposition à la réglementation environnementale et commerciale. Les républicains fidèles à Donald Trump ne manqueront pas de s’opposer à elle, comme la Californie s’est présentée comme la résistance à son administration.

«Une expérience inestimable»

Pour ses alliés, les décennies d’expérience de Mme Nichols dans la mise en œuvre de la politique climatique et ses longues relations font d’elle une candidate idéale pour diriger l’agence, qui devra traverser un processus ardu pour renverser des actions de l’administration Trump. Pendant le mandat de Donald Trump, elle s’est battue pour préserver la capacité de la Californie à fixer ses propres normes d’émissions automobiles et a résisté à ses efforts pour faire reculer les réglementations sur la pollution des centrales électriques.

«Il n’y a personne aux États-Unis qui combine à la fois le travail technique et politique et l’expérience de Mary Nichols», a déclaré l’ancien gouverneur de la Californie Jerry Brown, qui avait nommé la fonctionnaire au California Air Resources Board à la fin des années 1970.

«Avoir ce large éventail de temps et d’expérience est inestimable, totalement unique et absolument essentiel pour faire face aux complexités du climat.»

David Pettit, un avocat du Natural Resources Defense Council à Los Angeles, a parlé d’elle comme de «l’actrice la plus importante du mouvement pour le changement climatique en Californie».

Une candidature qui ne fait pas l’unanimité

Mais les groupes environnementaux ne sont pas tous unis derrière elle. Des villes comme Los Angeles et Fresno ont certains des taux de pollution atmosphérique et d’asthme infantile les plus élevés du pays. Certains détracteurs de l’approche climatique de la Californie estiment que les politiques de l’État ont laissé en plan les communautés à faible revenu. La California Environmental Justice Alliance et Friends of the Earth ont envoyé mardi une lettre à l’équipe de transition de Joe Biden, affirmant que Mme Nichols avait ignoré leurs suggestions et soutenu des politiques qui favorisent l’industrie plutôt que les individus.

«Il n’y a que de nombreux exemples de la façon dont Mary Nichols a négligé la justice environnementale et les communautés de couleur», a souligné Gladys Limon, directrice générale de la California Environmental Justice Alliance.

Le groupe Food and Water Action n’a pas pris position sur la possible nomination de Mme Nichols, mais l’analyste principal de la politique énergétique Jim Walsh a déclaré que la Californie avait suivi un «modèle défectueux qui dit que nous pouvons simplement améliorer les combustibles fossiles».

Mme Nichols a commencé sa lutte contre la pollution atmosphérique dans les années 1970, lorsqu’elle a intenté une action en justice en vertu de la Clean Air Act concernant l’air pollué du sud de la Californie. Son passage le plus récent à l’agence a commencé en 2007, sous l’ancien gouverneur républicain Arnold Schwarzenegger.

L’important dossier du transport

Les transports représentent la plus grande partie des émissions de gaz à effet de serre du pays, et aucun État n’a eu plus de pouvoir pour les réduire que la Californie, qui détient une part importante du marché automobile américain. L’État a obtenu il y a des décennies le pouvoir de mettre en œuvre ses propres normes d’émissions alors que le smog étouffait le sud de la Californie.

En 2007, l’administration Bush a toutefois refusé la requête de la Californie pour fixer des normes d’émission plus élevées pour les véhicules, qui à leur tour dictent la consommation d’essence.

Mais les constructeurs automobiles ont senti qu’un changement politique allait se produire, et lorsque le président Barack Obama a pris ses fonctions en 2009, Mme Nichols était déjà en pourparlers avec les constructeurs automobiles et les fonctionnaires fédéraux au sujet de l’établissement d’une norme nationale sur les émissions, basée sur les règles de la Californie. Trois ans plus tard, le président Obama a annoncé l’obligation pour la nouvelle flotte de véhicules de parcourir 36 miles par gallon dans des conditions de conduites réelles en vue de 2025, une avancée majeure.

Quelques mois après être arrivé au pouvoir, M. Trump a reculé sur ces normes, et a révoqué le pouvoir de la Californie de définir les siennes. Mme Nichols a aidé à persuader cinq entreprises — Ford, Honda, Volkswagen, Volvo et BMW — de contrer l’administration Trump. Un procès est toujours en cours devant les tribunaux, mais lundi, General Motors s’est retiré et a rejoint la Californie. D’autres constructeurs automobiles pourraient bientôt faire de même et M. Biden est susceptible de mettre fin à ces procédures.

Mme Nichols dit n’avoir jamais parlé au président Trump pendant le litige.

L’administration Trump s’en est également pris au programme de plafonnement et d’échange de la Californie, qui oblige les pollueurs à acheter ou à détenir des crédits pour émettre du carbone. Elle a toutefois perdu son combat devant les tribunaux. Certains groupes environnementaux s’opposent à ce système fondé sur le marché, arguant qu’il donne aux pollueurs trop de latitude pour continuer à rejeter des émissions.

Mme Nichols affirme que l’agence travaille à réduire la pollution dans les zones les plus touchées, mais elle a reconnu qu’il restait beaucoup de travail à faire.

Des objectifs ambitieux

Alors que Mme Nichols se prépare à quitter son poste, la Californie vise des objectifs plus ambitieux, dont des émissions nettes de carbone nulles d’ici 2045 et la fin de la vente de nouveaux véhicules à essence d’ici 2035. Des cibles que Mme Nichols considère comme nécessaires pour «éviter une catastrophe».

Joe Biden a proposé des émissions nettes de gaz à effet de serre nulles d’ici 2050, ce qui, selon lui, signifiera une transition pour s’éloigner des combustibles fossiles, bien qu’il n’appelle pas à une interdiction. Mme Nichols a déclaré que l’interdiction de la production ou du raffinage du pétrole pourrait être une stratégie efficace, mais qu’elle devrait être associée à des efforts majeurs pour aider la main-d’œuvre à s’adapter. La Californie est l’un des principaux États producteurs de pétrole du pays.

La suggestion de s’éloigner de ces industries entraînera de vifs combats politiques à Washington. Pour M. Brown, l’ancien gouverneur de Californie, Nichols a l’expérience nécessaire pour les gérer.

«La politique de réglementation des émissions de toutes les industries puissantes de Californie n’est pas simple, n’est ni harmonieuse ni facile, a-t-il soutenu. Elle a su relever les défis.»

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