Une greffe fécale pourrait améliorer l’efficacité de l’immunothérapie face au cancer

MONTRÉAL — Une étude en deux volets annoncée au CHUM jeudi tentera de déterminer si une greffe fécale pourrait rehausser l’efficacité de l’immunothérapie contre le cancer.

Le premier volet s’adressera aux patients atteints d’un mélanome métastatique et le second aux patients touchés par un mélanome ou un cancer du poumon non à petites cellules.

«On donne des capsules de selles aux patients qui ont un mélanome métastatique en première ligne, en combinaison avec l’immunothérapie, a résumé un des responsables de l’étude, le docteur Bertrand Routy. Notre but est de trouver les bonnes bactéries (…) pour augmenter l’efficacité de l’immunothérapie.»

Il s’agit seulement de la troisième étude mondiale à tester l’efficacité d’une greffe fécale pour essayer de rehausser le système immunitaire de patients recevant de l’immunothérapie. Les deux premières ont donné des résultats «très encourageants» au niveau de la sécurité, a dit le docteur Routy, mais surtout «au niveau de l’efficacité, il y avait un signal très important».

Le microbiome intestinal et l’immunothérapie comptent parmi les sujets de l’heure en matière de recherche scientifique.

Les chercheurs découvrent notamment peu à peu le lien jusqu’à présent insoupçonné qui existe entre les bactéries qui se trouvent dans notre intestin (le microbiome intestinal) et un système immunitaire en santé. Des études précédentes ont ainsi révélé que les patients qui prenaient des antibiotiques avant de débuter leur immunothérapie mouraient plus rapidement, et donc que les antibiotiques modulaient leur microbiome de façon négative.

Le lien qui unit la flore intestinale, la santé du système immunitaire et l’efficacité de l’immunothérapie commence donc à se préciser.

«Notre équipe, avec d’autres centres à Paris et à Houston, a démontré que l’interaction entre le microbiome intestinal (…) et le système immunitaire est très importante pour la réponse à l’immunothérapie», a dit le docteur Routy.

Nouvel espoir

Il y a de cela seulement dix ans, un patient qui recevait un diagnostic de mélanome métastatique de stade 4 n’en avait probablement plus que pour quelques mois à vivre.

L’avènement de l’immunothérapie et des thérapies ciblées a tout changé, a dit la docteure Rahima Jamal, une hémato-oncologue du CHUM.

«L’immunothérapie fait en sorte qu’aujourd’hui, la survie à cinq ans est rendue à environ 45 %, a-t-elle expliqué. En oncologie, quand on augmente la survie de trois mois, on est super heureux. Là, on augmente la survie globale à cinq ans d’un cancer métastatique de stade 4… C’est majeur comme gain.»

Les chercheurs tentent maintenant de trouver comment on pourrait aider les patients qui restent, ceux qui ne survivent pas cinq ans après le diagnostic de leur maladie.

«C’est certain que l’immunothérapie a changé la façon dont on traite les patients, mais malheureusement, il y a encore une grande majorité de patients qui progressent, a déploré le docteur Routy. Les oncologues sont convaincus que le microbiome est important.»

Les chercheurs veulent aussi savoir si la composition du microbiome a un impact sur les effets secondaires de l’immunothérapie et si elle permet de prédire quels patients réagiront bien, ou moins bien, à ces traitements.

Des résultats préliminaires semblent en effet indiquer que le microbiome joue un rôle dans la toxicité de l’immunothérapie, tandis que des données qui seront présentées le mois prochain lors d’un congrès l’American Association for Cancer Research démontrent que le microbiome intestinal peut prédire la réponse à l’immunothérapie en cancer du poumon.

«On n’est pas capables de prédire si ça va fonctionner pour notre patient, s’il va avoir de la toxicité, a dit la docteure Jamal. C’est ça qui est fâchant. Si on avait des modèles prédictifs, et de la réponse et de la toxicité, (…) ça amènerait une meilleure qualité de vie à nos patients, et potentiellement un avantage de survie.»

Ces travaux sont rendus possible grâce à une subvention de 1,5 million $ de la Société canadienne du cancer.

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Les patients atteints d’un mélanome métastatique qui aimeraient participer à cette étude menée au CHUM et à l’Hôpital juif de Montréal sont invités à en discuter avec leur oncologue.

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