Une grève des camionneurs amplifie la crise contre le gouvernement au Chili

SANTIAGO, Chili — Des camionneurs et des employés des services de transport en commun ont coordonné une grève générale, vendredi, au Chili, compliquant davantage la situation pour le gouvernement qui en a plein les bras avec les émeutes meurtrières provoquées par des difficultés économiques.

Des centaines de camions ont circulé à basse vitesse le long d’une autoroute principale qui borde la capitale, Santiago. Des citoyens ont rejoint le mouvement à bord de leur voiture ou sur leur motocyclette pour réclamer la fin des péages privés sur les autoroutes.

Des confrontations violentes entre manifestants et forces policières ont cours depuis plus d’une semaine dans la capitale chilienne. Des actes quotidiens de violence ont également eu lieu dans le port de Valparaiso et des milliers de manifestants se sont fait entendre partout à travers le pays de 18 millions d’habitants.

Au moins 19 personnes ont perdu la vie depuis le début du soulèvement populaire dans cet État d’Amérique du Sud. C’est l’annonce d’une hausse de 0,04 $ du prix du billet de métro qui a déclenché le mécontentement de la population avant que le débat ne se transforme en lutte contre les inégalités dans ce pays qui compte parmi les plus riches d’Amérique latine.

L’absence de véritable leadership et la liste de demandes claires du mouvement de protestation montrent l’inefficacité du gouvernement chilien impopulaire et des partis politiques discrédités, a commenté Marta Lagos, directrice de l’organisme de sondage à but non lucratif Latinobarometro.

«Il y a un échec du système des partis politiques dans sa capacité à représenter la société», a souligné Mme Lagos.

Elle dit s’attendre à ce que les manifestants deviennent de mieux en mieux organisés, mais ne croit pas à la possibilité d’une démission à court terme du président Sebastián Piñera, entré en fonction l’an dernier.

Ce dernier n’est toutefois pas nouveau dans le paysage politique puisqu’il a déjà servi durant un mandat de 2010 à 2014.

Les manifestations de vendredi indiquent que l’insatisfaction est toujours forte chez les Chiliens qui considèrent que les concessions économiques annoncées par le gouvernement ne vont pas assez loin.

La plupart des automobilistes payent entre 46 $ CAN et 170 $ CAN par mois pour emprunter les autoroutes entourant Santiago, la somme variant selon le temps passé sur la route. Les camionneurs sont évidemment les plus touchés puisqu’ils parcourent de longues distances.

Pour les Chiliens qui gagnent en moyenne de 735 $ CAN à 992 $ CAN par mois, il est déjà difficile de subvenir aux besoins de base de leur famille, sans même avoir à emprunter les autoroutes.

Le ministre des Transports Rafael Moreno a déclaré qu’il n’y aurait plus de nouvelles hausses des tarifs de péage sur les autoroutes cette année.

En soutien à la grève des camionneurs, des opérateurs du métro de Santiago ont interrompu le service, rendant encore plus chaotique le réseau de transport déjà compliqué par des incendies et des actes de vandalisme dans plusieurs endroits de la ville.

Dans une tentative d’apaiser la colère populaire, l’administration du président Piñera a annoncé une hausse du salaire minimum et du plus bas palier de pension publique. Il a également reculé sur la hausse du prix d’accès au métro, mais annonce une hausse de 9,2 pour cent de la facture d’électricité à partir de la fin de l’année prochaine.

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