Une idée pour combattre le profilage racial enflamme le débat du Parti vert

OTTAWA — L’un des dix candidats à la chefferie du Parti vert du Canada a suggéré, lors d’un débat tenu mardi, que la police devrait payer les Canadiens racisés chaque fois qu’ils sont interpellés. Une proposition qui a soulevé l’ire d’une autre candidate.

Les candidats ont débattu, mardi, dans le cadre de deux joutes oratoires de 40 minutes, en anglais, diffusées par la chaîne publique ontarienne TVO. Chaque candidat était présent de manière virtuelle depuis leur résidence en Colombie-Britannique, au Manitoba, en Ontario, au Québec et en Nouvelle-Écosse. Ils étaient divisés en deux groupes pour faciliter les échanges.

Les discussions ont été majoritairement cordiales, même si les candidats étaient en désaccord sur tous les thèmes, allant de la manière de fixer le prix du carbone jusqu’au positionnement du parti à l’intérieur du spectre politique.

Dans les deux débats, la toute dernière question portait sur l’idée de réduire le financement des services de police. Une demande défendue par de nombreux manifestants lors des récentes manifestations contre le racisme systémique et la brutalité policière.

En réponse à la question, lors du second débat, le candidat montréalais Dylan Perceval-Maxwell a soutenu qu’il fallait trouver de nouvelles idées pour enfin venir à bout du racisme systémique.

«L’une de mes idées est de forcer les policiers à donner 20$ à chaque personne de couleur qu’ils interceptent. Cela compenserait un peu pour le traumatisme et l’inconvénient de se faire interpeller et cela ferait réfléchir les policiers avant de les intercepter», a-t-il proposé.

En écoutant les propos de son adversaire, la candidate Meryam Haddad, une avocate montréalaise défendant les droits des réfugiés et qui a immigré de Syrie avec sa famille lorsqu’elle était enfant, secouait la tête, incrédule, anxieuse de pouvoir répliquer.

«Monsieur Perceval-Maxwell, je dois avouer que votre solution à 20 $ est super raciste, a-t-elle répondu. En tant que personne de couleur, je trouve cela très, très offensant».

Elle a ajouté que cette idée n’aiderait en rien à régler le problème du racisme systémique.

«Quelle serait la prochaine étape? Si la personne se fait tabasser, on lui donne 50 $?»

Dylan Perceval-Maxwell a poursuivi en disant qu’il ne cherchait qu’à faire en sorte que la police «arrête moins souvent les gens de couleur».

La plupart des autres candidats partageaient sensiblement les mêmes points de vue sur le sujet en appelant à réallouer une partie des budgets des forces policières aux services sociaux et de santé, mais sans abolir la police.

La candidate vancouvéroise Amita Kuttner, une astrophysicienne, s’est affirmé comme l’une des rares à réclamer le démantèlement complet du système afin de le rebâtir.

Meryam Haddad dit ne pas croire que l’on puisse réformer la police sans abolir entièrement les forces, mais elle convient que cela prendrait du temps et qu’il faudrait maintenir un certain service en place pour assurer la sécurité publique.

Annamie Paul, une militante de la communauté noire de Toronto et ex-conseillère à la Cour pénale internationale, a souligné que les Noirs et les Autochtones sont ceux qui souffrent le plus de l’abus de pouvoir des policiers. Mais pour elle, abolir la police «n’est pas la bonne stratégie» parce qu’il y a aura toujours «de très mauvaises personnes posant des gestes de prédation et aucun service communautaire ou social ne va les empêcher de le faire».

«Ce qu’il faut faire, c’est être très clair à propos du rôle approprié de la police et du rôle approprié des autres types de services sociaux», a-t-elle expliqué.

Annamie Paul croit que le Canada devrait documenter, dès maintenant, tous les incidents d’utilisation d’une force excessive par les policiers afin de réellement comprendre l’ampleur du problème. Elle a ajouté qu’il est capital de s’assurer que des personnes racisées et des personnes autochtones occupent des positions de pouvoir.

Les autres candidats en lice sont Judy Green, Glen Murray, Andrew West, David Merner, Courtney Howard et Dimitri Lascaris.

Des débats en français auront lieu en juillet. Le prochain chef du parti sera élu en octobre par scrutin en ligne et par correspondance. Elizabeth May, qui dirigeait le Parti vert depuis 2006, a démissionné l’automne dernier tout en demeurant députée verte à la Chambre des communes.