Une intervenante critiquée pour son approche auprès d’Alexandre Bissonnette

MONTRÉAL — Un rapport du Protecteur du citoyen critique la manière dont une intervenante en santé mentale a agi dans son approche auprès de l’auteur de la tuerie de la Grande mosquée de Québec, Alexandre Bissonnette, quand celui-ci lui aurait confié qu’il regrettait de ne pas avoir assassiné plus de victimes.

Guylaine Cayouette a eu raison de transmettre cette information à la police, reconnaît la déléguée du Protecteur du citoyen, Geneviève Lauzon, dans son rapport daté de novembre dernier.

Elle ajoute toutefois que Mme Cayouette a négligé de bien consigner les notes de ses rencontres avec le détenu ainsi que les dates auxquelles chacune des rencontres a eu lieu. La déléguée lui reproche également de ne pas avoir suivi le protocole en avisant son supérieur immédiat lorsque le tueur lui a déclaré qu’il aurait souhaité abattre plus de musulmans au cours de son attentat meurtrier.

Alexandre Bissonnette a tué six hommes à la Grande mosquée de Québec, le 29 janvier 2017. Il a ensuite plaidé coupable, en mars 2018, à six chefs d’accusation de meurtre au premier degré et six autres de tentative de meurtre.

Guylaine Cayouette travaille au sein du Programme d’encadrement clinique et d’hébergement (PECH), un organisme communautaire de Québec offrant des services de santé mentale aux détenus. Elle a rencontré Alexandre Bissonnette dès février 2017, tout juste après la tragédie.

Un rapport qu’elle a rédigé a été déposé en preuve lors des audiences sur la détermination de la peine du meurtrier. Guylaine Cayouette y révèle comment Alexandre Bissonnette s’est ouvert à elle en lui affirmant, le 20 septembre 2017: «Je regrette de ne pas avoir tué plus de personnes. Les victimes sont au ciel et moi je vis l’enfer».

Les parents d’Alexandre Bissonnette ont déposé une plainte en septembre 2018 auprès du Protecteur du citoyen contre la manière dont Mme Cayouette est intervenue auprès de leur fils. Ils ont argué qu’elle avait dit au jeune détenu qu’«au cours de sa carrière, elle avait tout entendu. Il pouvait donc lui faire confiance».

Selon les parents, Guylaine Cayouette n’aurait pas dû rapporter les propos d’Alexandre Bissonnette à la police ou, du moins, elle aurait dû l’informer qu’elle avait le droit de transmettre tout ce qu’il pouvait lui confier aux autorités.

Dans le rapport du Protecteur du citoyen, la déléguée conclut que «l’intervenante pouvait, en vertu de la loi, briser la confidentialité pour révéler les informations transmises» par le détenu. On peut également lire que Mme Cayouette croyait ne pas avoir à respecter la confidentialité puisque Alexandre Bissonnette lui aurait «permis de parler à qui elle voulait».

Le document indique cependant que le dossier de suivi rédigé par Guylaine Cayouette sur le détenu Bissonnette ne contenait aucune note de sa rencontre du 20 septembre 2017 ni sur son entretien du lendemain avec deux enquêteurs de la Sûreté du Québec.

Geneviève Lauzon reproche aussi à Mme Cayouette de s’être d’abord adressée à la direction du centre de détention pour rapporter les confessions d’Alexandre Bissonnette, alors que la procédure aurait plutôt exigé qu’elle se tourne vers ses supérieurs au sein du PECH.

Le directeur de l’organisme communautaire PECH, Benoît Côté, a déclaré vendredi que son employée estimait avoir fait le bon choix.

«Elle se sent bien avec sa décision, a mentionné M. Côté en entrevue. Elle sent qu’elle a fait son devoir de dénoncer les propos de M. Bissonnette».

Parmi ses recommandations, Geneviève Lauzon demande que PECH «élabore un document mentionnant clairement les limites de la confidentialité de l’intervenante» et que celui-ci soit «signé par tous les usagers qu’elle rencontre à l’établissement de détention».

Benoît Côté confirme que son organisation a mis en place toutes les recommandations et que désormais les détenus sont informés par écrit que s’ils transmettent des informations incriminantes, les intervenants ont le devoir de les rapporter aux autorités.

Dans un courriel transmis à La Presse canadienne, le père d’Alexandre Bissonnette, Raymond Bissonnette, a répondu ne pas vouloir commenter le rapport du Protecteur du citoyen.

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