Une Inuite de 25 ans élue députée néo-démocrate du Nunavut

EDMONTON — Bien peu de députés nouvellement élus ont droit à un défilé en leur honneur dans les rues de leur ville après une victoire électorale.

Mumilaaq Qaqqaq, députée néo-démocrate du Nunavut fraîchement élue à l’âge de 25 ans, l’a eue, elle, son défilé de camionnettes serpentant dans l’obscurité, mardi soir, à Baker Lake. «Nous aimons les défilés ici (…) Nous le faisons pour les mariages, après les tournois», dit-elle humblement, en avouant tout de même: «C’était cool que ce soit pour moi.»

Cela semble être un trait caractéristique chez elle: Mumilaaq Qaqqaq, qui n’avait aucune expérience politique avant de vaincre lundi ses rivaux, dont l’ancienne ministre conservatrice Leona Aglukkaq, a déclaré en entrevue mercredi qu’elle était plus intéressée par la collectivité que par sa petite personne.

Il y a deux ans, elle avait participé à «Héritières du suffrage», un programme qui amène de jeunes femmes à la Chambre des communes pour qu’elles parlent de leur vision du pays et de leur communauté. Le discours de la jeune Qaqqaq, qui a parlé des taux de suicide tragiquement élevés chez les Inuits, a provoqué deux ovations en Chambre.

Mais le discours l’a vidée émotionnellement. «Je suis revenue dans ma chambre d’hôtel, j’ai pleuré, j’ai fait une sieste. Je me suis réveillé, j’ai rallumé mon téléphone et ça a explosé.» Son discours faisait sensation sur internet, avec des milliers de vues.

«J’essaie de transmettre un message: nous demandons de l’aide depuis si longtemps et qu’est-ce que ça a donné?»

Sa victoire électorale lui a valu encore plus d’attention et de nombreuses demandes d’entrevues des médias.

La passion de la jeunesse

Sa biographie est plutôt courte — jusqu’à présent. Mumilaaq Qaqqaq a grandi à Baker Lake (Qamani’tuaq), au Nunavut, mais vit maintenant à Iqaluit, la capitale du territoire nordique. Elle a travaillé pour le gouvernement du Nunavut ainsi que pour des organisations inuites et pour la compagnie d’électricité du Nunavut, principalement dans les domaines de l’emploi et du bien-être des Inuits.

Elle ne considère pas sa relative inexpérience et sa jeunesse comme un désavantage. «Je suis passionnée et je sais de quoi je parle. (La jeunesse) ne veut pas dire que je suis moins apte à faire quelque chose. Ce n’est pas un facteur pour moi.»

Ce qui est un facteur, par contre, c’est sa culture — qui est «tout» pour elle. La jeune Inuite parle l’inuktitut, mais pas aussi couramment qu’elle le voudrait, et prévoit de continuer à étudier la langue pendant qu’elle est députée.

Mumilaaq Qaqqaq porte également ce qu’elle appelle des tatouages faciaux «d’inspiration traditionnelle». Elle remercie d’ailleurs les femmes qui ont préservé cette tradition malgré la répression exercée par les missionnaires catholiques.

Elle reviendra probablement à la Chambre des communes avec autant de passion et d’éloquence que lors de sa première apparition, remarquée, il y a deux ans. Alors que la députée conservatrice Leona Aglukkaq avait été critiquée pour son manque de combativité et que son successeur, Hunter Tootoo, a été renvoyé du caucus libéral, Mme Qaqqaq estime qu’il est temps qu’Ottawa entende une voix forte en provenance de l’Arctique.

«Le gouvernement fédéral nous a laissés trop longtemps en veilleuse, c’est inacceptable, estime-t-elle. À quel point devons-nous parler pour que les gens écoutent? À quelle fréquence devons-nous demander avant que les gens nous aident? Pour les Nunavois, ça va être rafraîchissant.»

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