Une jeune Montréalaise aurait-elle été tuée par la «famille» Manson en 1969?

MONTRÉAL – Pendant des décennies, elle n’a porté qu’un simple numéro: le 59. Celui attribué au corps non identifié d’une jeune femme qui avait été retrouvé avec 150 coups de poignards, à Los Angeles, en 1969, près du lieu où la tristement célèbre famille Manson avait commis plusieurs assassinats.

Mercredi, l’identité de la victime de cette affaire demeurée en suspens pendant 47 ans a été confirmée: il s’agit de Reet Silvia Jurvetson, une Montréalaise âgée de 19 ans qui s’était installée à Los Angeles cette année-là.

«Le numéro 59 a un nom, a écrit Anne Jurvetson, la soeur de Reet et dernier membre de sa famille immédiate toujours en vie, dans un communiqué. Elle en a toujours eu un, mais personne ne le savait.»

Mme Jurvetson a dit espérer que ce dénouement fournirait de nouvelles pistes et des informations aux autorités.

«Finalement, après toutes ces années, nous devons faire face à la dure réalité, a confié la dame, qui demeure au Québec, dans un témoignage de quatre pages daté du 18 avril qui a été publié par les autorités. Ma petite soeur a été sauvagement assassinée.»

Anne, qui est maintenant âgée de 73 ans, est en contact avec la police de Los Angeles depuis 2015, après qu’une amie de Reet ayant vu une photo post-mortem de la dépouille eut remarqué une ressemblance avec la jeune femme et alerté sa soeur.

Un test d’ADN a permis d’identifier le numéro 59 comme étant Reet Jurvetson, dont le cadavre avait été découvert le 16 novembre 1969 par un ornithologue dans les broussailles près de la fameuse route Mulholland Drive de Los Angeles.

Elle avait été poignardée à 150 reprises et n’avait aucune pièce d’identité. Mais le moment et l’emplacement où était survenu ce crime, soit à quelques kilomètres du lieu où la famille Manson avait assassiné de nombreuses personnes, a longtemps alimenté les rumeurs selon lesquelles ce meurtre était lié au clan.

L’enquêteur de la police de Los Angeles Luis Rivera a déclaré au magazine «People» — qui a été le premier à rapporter l’histoire — que les forces de l’ordre ne pouvaient pas écarter cette hypothèse.

Charles Manson avait fait les manchettes en 1969 comme étant le chef d’une bande de jeunes assassins qui terrorisaient Los Angeles. Il a été reconnu coupable de sept meurtres, dont celui de l’actrice Sharon Tate, la femme de Roman Polanski, qui était enceinte.

Selon l’Associated Press, les enquêteurs ont questionné Manson au sujet de Reet Jurvetson, mais ils n’ont obtenu aucun nouveau renseignement.

En entrevue avec La Presse Canadienne, M. Rivera a cependant indiqué qu’il n’y avait pour l’instant aucune preuve solide permettant d’établir un lien entre la mort de la jeune femme et la famille Manson.

«Il n’y a pas de lien, il n’y a pas de preuve, a-t-il affirmé. Hormis le fait qu’il s’agit de la même période durant laquelle les meurtres commis par Manson ont eu lieu, nous n’avons pas été en mesure de trouver d’autres liens.»

Dans sa déclaration, Anne Jurvetson a demandé aux médias de respecter sa vie privée, mais elle a dit souhaiter que son témoignage puisse aider les enquêteurs.

«Je suis horrifiée lorsque je pense à quel point elle a dû avoir peur et se sentir seule lorsqu’elle est décédée», a-t-elle écrit.

Fille de réfugiés estoniens, Reet est née en Suède en 1950 et a grandi à Montréal. Sa soeur l’a décrite comme étant une «fille adorable, ouverte d’esprit et joyeuse» qui avait un côté artiste — elle excellait en dessin et faisait ses propres vêtements. Elle était membre des Guides du Canada et chantait dans une chorale.

À la fin de l’adolescence, Reet a commencé à manifester un goût pour l’aventure et un besoin de liberté. Une fois son diplôme d’études secondaires en poche, elle est déménagée à Toronto, où elle a travaillé pour Postes Canada et habité avec sa grand-mère avant de partir pour la Californie.

«Mes parents ont reçu une carte postale dans laquelle elle disait qu’elle était heureuse, qu’elle avait un bel appartement à Los Angeles et de ne pas s’inquiéter», a révélé Anne.

Ses proches n’ont toutefois jamais plus eu de ses nouvelles. Les tentatives pour la retracer se sont avérées vaines et les questions posées par sa mère à ses amis n’ont pas permis de la retrouver.

La famille Jurvetson a longtemps souffert de la disparition de Reet. Elle n’avait pas prévenu les autorités, attendant plutôt que la jeune femme communique avec eux, assumant qu’elle avait besoin d’espace.

«Aussi incroyable que cela puisse paraître, mes parents n’ont jamais pensé à rapporter la disparition de Reet à la police, a souligné Anne dans son témoignage. Ils croyaient qu’elle vivait sa vie quelque part et qu’ils auraient éventuellement des nouvelles d’elle.»

Luis Rivera a indiqué que les enquêteurs tentaient maintenant d’identifier un homme appelé «Jean» ou »John» que la victime a rencontré à Toronto avant de se rendre à Los Angeles.

«C’est le point de départ, a-t-il affirmé. Maintenant que nous savons qui elle est, nous devons retourner en arrière et tenter de retracer son parcours.»