Une lettre accablante d’une officière évoque des pressions de Blair sur Lucki

HALIFAX — Une lettre au ton cinglant d’une responsable des communications à la GRC souligne que la commissaire Brenda Lucki a fait référence à des pressions directes qu’aurait exercées le ministre fédéral de la Sécurité publique de l’époque pour que la police divulgue le type d’armes à feu utilisées lors de la tuerie en Nouvelle-Écosse, en avril 2020.

La lettre de Lia Scanlan, datée du 14 avril 2021 – près d’un an après le meurtre de 22 personnes – évoque une conférence téléphonique tenue un an auparavant, le 28 avril 2020, dix jours après la tuerie. 

Brenda Lucki, grande patronne de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), critique alors le travail de ses subalternes à Halifax. Or, selon Mme Scanlan, la commissaire était dans son discours parfaitement en phase ce jour-là avec le programme du gouvernement libéral qui souhaitait adopter un projet de loi pour resserrer le contrôle des armes à feu.

Quelques heures plus tôt, lors d’une conférence de presse, le surintendant de la GRC en Nouvelle-Écosse Darren Campbell avait refusé de fournir des détails sur le type d’armes utilisées par le tueur, affirmant que cela nuirait à l’enquête.

La lettre de Mme Scanlan fait partie des preuves déposées à la commission d’enquête publique sur la tuerie des 18 et 19 avril 2020 en Nouvelle-Écosse.

Selon cette officière, qui était directrice des communications stratégiques au moment de la fusillade, la commissaire Lucki était furieuse que le personnel de Halifax n’ait pas divulgué le type d’armes utilisées, suggérant que ses collègues avaient laissé tomber les enfants dont les parents avaient été tués.

Mme Scanlan écrit dans sa lettre que Mme Lucki avait informé les personnes présentes lors de la réunion qu’elle faisait face à «des pressions et des conversations avec le ministre (de la Sécurité publique, Bill) Blair — dont nous avons clairement compris qu’elles étaient liées à l’adoption prochaine du projet de loi sur les armes à feu», souligne-t-elle.

L’officière écrit dans sa lettre qu’elle a éprouvé «un sentiment de dégoût» lorsqu’elle a «réalisé que c’était le catalyseur de la conversation et peut-être une justification de ce que vous disiez à notre sujet».

Des notes manuscrites du surintendant Campbell, publiées lundi dernier par la commission d’enquête, indiquent également que Mme Lucki a déclaré aux personnes présentes à cette réunion qu’elle avait promis au ministère fédéral de la Sécurité publique et au cabinet du premier ministre que les informations sur les armes utilisées par le tireur seraient divulguées parce qu’elles avaient un lien «avec un projet de loi sur le contrôle des armes à feu».

M. Blair a assuré mercredi dernier que Mme Lucki ne lui avait fait aucune promesse de ce genre. Il n’était pas immédiatement disponible mardi pour commenter les allégations de Mme Scanlan dans sa lettre.

Au cours de la période des questions, mercredi et jeudi derniers, le ministre Blair a nié à plusieurs reprises tout acte répréhensible, notant que la promesse libérale de promulguer des lois plus strictes sur les armes à feu était bien antérieure à la tragédie en Nouvelle-Écosse.

«Le meurtre crapuleux de 22 Canadiens à l’aide d’armes à feu a renforcé notre détermination à assurer la sécurité des Canadiens et à tenir notre promesse», déclarait-il la semaine dernière.

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