Les superinfirmières vont poser des diagnostics et prescrire des médicaments

QUÉBEC — Petite révolution dans le secteur de la santé au Québec: les superinfirmières vont bientôt pouvoir poser des diagnostics, élaborer un plan de traitement et prescrire des médicaments, tout en se libérant de la tutelle des médecins.

Après des années de revendications et de lutte contre le puissant lobby des médecins, qui refusaient mordicus de jeter du lest, les infirmières praticiennes spécialisées (IPS), dites «superinfirmières», pourront donc enfin voir leur champ de pratique refléter leur formation et leur expertise.

En clair, les patients pourront s’y fier pour traiter tous les problèmes de santé courants (otites, infections, blessures, etc.), de même que les maladies chroniques (ostéoporose, arthrite, arthrose, migraines, par exemple). On pourra aussi les consulter pour des cas de pédiatrie et de santé mentale, notamment.

Si elles sont confrontées à un cas plus complexe (multipathologie, cancer ou autre), elles devront alors inviter le patient à consulter un médecin.

L’annonce a été faite mercredi en conférence de presse par la ministre de la Santé, Danielle McCann, accompagnée du président du Collège des médecins, Mauril Gaudreault, et du président de l’Ordre des infirmiers et infirmières, Luc Mathieu.

Tous ont parlé d’un moment «historique» qui allait se traduire pour les patients par un meilleur accès au réseau de la santé.

Voici «un jour qui marque une véritable révolution dans l’accès aux soins et aux services. Un jour qui nous permet de faire un pas de géant», selon la ministre McCann. 

La présidente de l’Association des infirmières praticiennes spécialisées, Christine Laliberté, a partagé ce point de vue. Le changement est «majeur», a-t-elle convenu, en mêlée de presse, tout sourire.

Elles seront «enfin reconnues à leur juste valeur pour la formation qu’elles ont. C’est une avancée majeure», selon elle.

«Cela va changer beaucoup l’accessibilité. On va ouvrir la porte à plus de patients», prédit Mme Laliberté, qui s’attend en conséquence à des «ajustements» du côté de la rémunération, qui tiendront compte de cet ajout de responsabilités et de l’autonomie professionnelle ainsi acquise.

Loi d’ici un an 

Pour devenir réalité, la fin de la tutelle exercée par les médecins sur les superinfirmières nécessitera l’adoption d’une loi suivie de règlements.

La ministre McCann s’est engagée à procéder rapidement dans ce dossier.

«On a des règlements à modifier, on a un projet de loi à déposer, une loi à adopter. Je pense qu’on peut dire, de façon prudente, que ça va être à l’intérieur d’un an», a-t-elle indiqué.

Les IPS sont des professionnelles de la santé qui doivent détenir une maîtrise en sciences infirmières, plus un diplôme complémentaire en science médicale, suivis d’un stage de 950 heures.

Il y a actuellement 600 infirmières praticiennes spécialisées au Québec, exerçant leur profession dans les Groupes de médecine familiale (GMF), les CLSC et les hôpitaux.

Le gouvernement précédent s’était fixé un objectif: en compter 2000 d’ici 2023-2024. L’objectif est maintenu par le gouvernement actuel.

Actuellement, les IPS peuvent uniquement poser des «hypothèses de diagnostic» pour six maladies chroniques. L’hypothèse doit être confirmée dans les 30 jours par un médecin, qui arrondit ainsi sa rémunération.

L’annonce de mercredi vient mettre un terme à cette tutelle légale et professionnelle, tout en élargissant le champ de pratique des IPS.

«Le Collège des médecins n’a pas le monopole de la protection du public. Il doit partager cette mission avec tous les autres professionnels», a convenu son président, Mauril Gaudreault.

Une tutelle payante

Il n’a pas été possible de savoir dans quelle mesure la rémunération des médecins s’en trouvera affectée. En principe, ils devront renoncer aux généreux forfaits offerts pour superviser les IPS.

Pour chaque superinfirmière supervisée, un médecin reçoit 60 000 $ par année.

L’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) a calculé que les médecins allaient toucher globalement plus de 500 millions $ de 2017 à 2027 pour cette tâche, une estimation qualifiée d’exagérée par la Fédération des médecins omnipraticiens (FMOQ).

La ministre McCann n’a pas voulu s’étendre sur le sujet, mercredi. «Il y aura des ajustements, sûrement», a-t-elle commenté brièvement, promettant des «discussions» avec les fédérations médicales à ce propos.

«C’est un grand jour pour la profession infirmière, et surtout pour la population du Québec. Les infirmières praticiennes spécialisées peuvent célébrer la reconnaissance de leur expertise», a conclu le président de leur ordre, Luc Mathieu.

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