Une marche pour dénoncer les abus sexuels et le silence qui les protège

MONTRÉAL — Une nouvelle vague de dénonciations de violences sexuelles a déferlé sur les réseaux sociaux depuis le début du mois au Québec. Le mouvement s’est matérialisé en une vague de marcheuses, dimanche à Montréal et à Québec, dans le but de mettre fin à cette culture du viol et au silence qui la couvre.

À Montréal, des centaines de personnes se sont réunies sur le coup de midi au parc Lafontaine pour ensuite se diriger lentement jusqu’au palais de justice.

Parmi elles, la vice-présidente de la Fédération des femmes du Québec, Marlihan Lopez, avait un message très simple à adresser aux victimes ayant choisi de partager leur témoignage sur les réseaux sociaux.

«On vous croit», a-t-elle dit, avant d’ajouter qu’il faut «rappeler au gouvernement que la bataille contre la violence sexuelle est aussi systémique et qu’au-delà de dénonciations et des mots-clics, il faut des politiques publiques spécifiques».

Au coeur de la foule des marcheuses, Eugenie-Laurence Fafard, une étudiante en droit à l’Université Laval, voulait démontrer son soutien envers les victimes dans l’espoir de contribuer à un changement social.

«Il faut que les choses changent et ça commence par en parler, se mobiliser, et être solidaire», a commenté la jeune femme de 19 ans.

Elle dit en avoir assez de constater que toutes sortes de comportements continuent d’être tolérés par peur de dénoncer, par peur de briser la vie d’une personne qui agit mal ou par peur de tenir des conversations inconfortables.

«Il faut dire à son ami, à son collègue, ce que t’as fait là avec telle personne, ce n’est pas correct, ce n’est pas acceptable», insiste Mme Fafard.

Une autre étudiante, Lauriane Leduc-Morand, âgée de 17 ans, est sortie marcher pour encourager les gens à parler.

«Si on n’en parle pas, personne ne va réagir, personne ne va arrêter et la meilleure façon c’est d’en parler et de réagir et de crier haut et fort», croit-elle.

Les témoignages de centaines de survivantes d’agressions et d’inconduites sexuelles ont notamment visé des artistes et des dirigeants d’entreprises.

Plusieurs des personnes visées ont rapidement reconnu leurs agissements et offert des excuses pour leur comportement répréhensible. D’autres ont nié les allégations à leur endroit et critiqué le phénomène de dénonciations anonymes en ligne.

Au-delà des témoignages contre des personnalités publiques, bien d’autres histoires personnelles ont été partagées principalement sur la plateforme Instagram. Des personnes dont les profils sont associés aux régions de Montréal, Joliette, Sherbrooke, de la Montérégie et des Laurentides ont partagé leurs récits d’agression.

«C’est vraiment un cri pour dire que l’impunité, ça suffit», mentionne la coordonnatrice du Réseau des centres d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) Marie-Christine Michaud.

Cet appel à la justice s’est amplifié à la suite de la dénonciation de l’autrice-compositrice-interprète Safia Nolin à l’encontre de l’animatrice Maripier Morin. La musicienne a fait part d’un incident impliquant avances sexuelles non désirées et morsure dans un bar de Montréal en mai 2018. Des gestes pour lesquels Mme Morin a offert des excuses.

«Dans la journée de cette première dénonciation de Safia Nolin, on a eu des gens qui ont appelés et qui nous ont dit, j’ai senti qu’aujourd’hui j’étais capable, j’avais le courage, je pouvais parler – on allait peut-être me croire», rapporte Marie-Christine Michaud.

Co-organisatrice de la manifestation, Kharoll-Ann Souffrant a partagé sa propre histoire d’agression subie lorsqu’elle était mineure. Un adulte en position d’autorité dans le cadre d’une pratique sportive l’a agressée, a-t-elle révélé dans une lettre ouverte publiée par La Presse.

Cette survivante affirme avoir trouvé le courage de parler grâce au mouvement «Black Lives Matter». Elle croit que plusieurs facteurs, comme la pandémie de la COVID-19 et le mouvement antiracisme, ont permis de mettre des injustices en lumière et de sensibiliser le public aux inégalités. Un climat qui favorise la dénonciation puisque les victimes se sentent enfin écoutées.

Cette nouvelle vague s’ajoute aux autres mobilisations spontanées #AgressionNonDénoncée, en 2014, et #MoiAussi, en 2017. Toutefois, Kharoll-Ann Souffrant y voit une importante différence, soit que les victimes sont plus jeunes et qu’elles n’ont pas peur de nommer leur agresseur.

«Je pense que ce n’est pas idéal que les gens dénoncent sur les réseaux sociaux, mais je pense qu’il faut se questionner comme société (pour comprendre) pourquoi on en est rendu là», estime l’étudiante au doctorat à l’Université d’Ottawa. Elle effectue un travail de recherche pour comprendre comment les femmes noires au Québec ont perçu les précédentes vagues de dénonciations.

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