Une nouvelle élue républicaine souhaite porter son arme au Congrès

WASHINGTON — Une nouvelle élue républicaine du Colorado a demandé au service de police du Capitole si elle pouvait porter son arme à feu au Capitole. Si elle le fait, elle ne sera apparemment pas la seule.

La pratique est autorisée pour les élus, avec certaines limitations, en vertu de règlements du Congrès vieux de plusieurs décennies. Le public n’a pas le droit de porter des armes dans le Capitole, sur ses terrains et dans ses immeubles de bureaux.

La républicaine Lauren Boebert, âgée de 33 ans, a été élue plus tôt ce mois-ci dans un district conservateur de l’ouest du Colorado. Elle s’est fait connaître comme une militante proarmes à feu, qui se promène avec son pistolet Glock attaché à sa hanche.

Mme Boebert en avait surpris plusieurs en juin lorsqu’elle avait défait le représentant sortant, Scott Tipton, à l’investiture républicaine. Elle avait fait campagne en disant que M. Tipton ne défendait pas assez ardemment le président Donald Trump.

La représentante élue a demandé aux responsables de la police du Capitole de porter son arme lorsqu’elle et une vague de nouveaux élus qui entreront en fonction en janvier étaient en visite à Washington pour une journée d’accueil, ont indiqué deux responsables du Congrès. Les deux personnes — un démocrate et un républicain — se sont exprimées sous le couvert de l’anonymat pour parler en détail de sa demande. 

Les porte-paroles de Mme Boebert ont refusé de la rendre disponible pour une entrevue. «Il s’agissait d’une discussion privée et d’une demande sur ce que sont les règles», a précisé son employée Laura Carno dans un courriel.

La requête de Mme Boebert survient alors que les armes à feu restent un sujet de division pour les deux partis. Malgré cela, il semble peu probable que les lois sur les armes à feu changent alors que le président désigné Joe Biden fait face à un Congrès profondément divisé.

La porte-parole de la police du Capitole, Eva Malecki, n’a pas répondu aux questions d’un journaliste concernant les communications de l’organisation avec Mme Boebert et le nombre d’élus qui portent des armes à feu.

Les responsables de la police n’avaient pas répondu directement lorsque les démocrates du Comité de l’administration de la Chambre ont demandé en 2018 combien d’élus portaient des armes à feu dans le Capitole. Ils ont précisé dans une réponse écrite qu’ils avaient «été mis au courant» de demandes de renseignements à propos du port d’armes.

«Il n’y a aucune exigence permanente» que les élus les informent lorsqu’ils portent une arme à feu dans le Capitole, ont écrit les responsables. Les règlements exigent un entreposage sécuritaire des armes, mais «cette responsabilité incombe au membre», ont-ils déclaré.

Un règlement de 1967 édicte qu’aucune loi fédérale ou du District de Columbia restreignant les armes à feu «n’interdit à tout membre du Congrès de conserver des armes à feu dans les limites de son bureau» ou «de transporter dans le territoire du Capitole des armes à feu déchargées et bien emballées».

Le règlement précise que les législateurs ne peuvent pas apporter d’armes dans la Chambre et dans d’autres zones voisines, d’après une lettre écrite par le représentant Jared Huffman, en 2018. Les assistants peuvent porter les armes des élus pour eux sur le complexe du Capitole, a-t-il écrit.

Dans sa lettre au sergent d’armes de la Chambre Paul Irving, M. Huffman a résumé les règlements après en avoir été informé par M. Irving. M. Huffman, qui s’oppose au port d’armes pour les élus au Capitole, a abandonné une initiative en 2018 visant à mettre fin à cette pratique. En entrevue, il a indiqué qu’il ne comptait pas tenter le coup une nouvelle fois, en raison de la résistance de ses collègues.

Mais il estime que les règles actuelles sont dépassées et risquées.

Selon lui, les membres de la Chambre et leurs employés portent des armes à feu autour du Capitole «tout le temps», bien qu’il n’ait mentionné aucun nom.

«Les membres pourraient avoir un AK47 chargé sur leur bureau et personne ne ferait quoi que ce soit à ce sujet», a-t-il déploré.

Comme les législateurs sont dispensés de passer par les appareils de contrôle sur tout le territoire du Capitole, «personne ne vérifie» s’ils portent des armes dans la Chambre, a indiqué M. Huffman.

Le représentant républicain Thomas Massie a défendu le règlement. Il a notamment rappelé la fusillade qui a eu lieu en 2017 sur un terrain de baseball à Alexandria, en Virginie, et qui avait notamment blessé le représentant Steve Scalise.

«Une fois que vous quittez le Capitole, vous êtes une cible», a-t-il indiqué.

La représentante désignée de la Géorgie, Marjorie Taylor Greene, appuie aussi la demande de sa collègue. Mme Taylor Greene, comme Mme Boebert, a déjà démontré son appui à la théorie complotiste QAnon, bien que les deux élues aient pris leurs distances depuis.

«Non seulement je soutiens les membres du Congrès portant une arme à feu, mais je crois que tous les Américains ont ce droit, a plaidé Mme Taylor Greene dans un communiqué. Je travaillerai chaque jour pour mettre fin à TOUTES les zones exemptes d’armes à feu.»

La police a déjà arrêté des gens pour avoir tenté d’amener des armes à feu au Capitole.

En 1999, Corey Lewandowski — un employé du Congrès à l’époque qui est devenu directeur de la campagne Trump en 2016 — avait été arrêté parce qu’un pistolet chargé avait été retrouvé dans un sac à lessive qu’il transportait dans un édifice de la Chambre, selon les archives judiciaires. Les accusations de délit ont été abandonnées.

La police du Capitole protège le complexe avec plus de 2300 agents et employés civils, selon son site web. Ses policiers arrêtent régulièrement des personnes qui sont prises en train de porter des armes au Capitole.