Une plateforme en ligne permet d’éviter la fermeture de plusieurs cabanes à sucre

MONTRÉAL — Stéphanie Laurin a dormi à côté d’un immense chaudron tous les soirs au cours de la dernière semaine, supervisant la production de soupe aux pois à la cabane à sucre Chalet des Érables, au nord de Montréal.

Stéphanie Laurin n’a servi aucun repas dans son entreprise depuis 2019 en raison de la pandémie, et pourtant elle a passé des heures à cuisiner et à expédier des centaines de colis de Pâques à travers la région, remplis de soupe aux pois, de pâtés à la viande, de fèves au lard, d’omelettes, de sirop d’érable et de tire d’érable.

Le Chalet des Érables et plus de 70 autres cabanes à sucre à travers le Québec profitent d’une plateforme en ligne créée par leur association pour maintenir leurs entreprises à flot pendant les périodes difficiles, mais aussi pour garder vivante une tradition très appréciée.

«Nous atteindrons bientôt plus de 2 000 000 visites sur notre plateforme», a déclaré Stéphanie Laurin, qui est également présidente de l’Association des Salles de réception et Érablières du Québec (ASEQC).

«C’est incroyable», a-t-elle déclaré dans une récente interview, «compte tenu du fait que nous sommes huit millions de personnes au Québec et que le site Web n’existait pas il y a quelques semaines.»

Le site, appelé Ma Cabane à la Maison, a été lancé le 22 février afin de réinventer l’expérience de la cabane à sucre et d’empêcher d’autres entreprises de fermer. La pandémie de COVID-19 a entraîné la fermeture d’un quart des 200 cabanes à sucre du Québec.

Au lieu de s’asseoir côte à côte le long d’une grande table pour manger des repas riches en calories, les Québécois peuvent ramener l’expérience à la maison – et ils ont commandé en masse sur la plateforme avant le week-end de Pâques.

«Sans Ma Cabane, moins de 50 cabanes à sucre seraient encore debout», a déclaré Stéphanie Laurin. «C’était un fléau, ce qui arrivait à l’industrie.»

L’histoire d’amour qui dure depuis une centaine d’années de la province avec le sirop d’érable génère habituellement plus de 300 millions de dollars de revenus annuels pour les cabanes à sucre, selon l’ASEQC. L’industrie a subi une baisse de revenu de plus de 90% en 2020 en raison de la pandémie.

L’ASEQC estime que la plateforme en ligne générera 10 millions de dollars de revenus pour les entreprises participantes sur une période de huit semaines. La plateforme offre aux Québécois le choix parmi une variété de menus parmi 70 cabanes à sucre; les repas peuvent être ramassés dans l’une des 196 épiceries Metro participantes.

Stéphanie Laurin a déclaré qu’elle n’était pas convaincue au départ du projet, mais qu’elle était désormais emballée par la rapidité avec laquelle les gens ont modifié leur tradition du temps des sucres.

«Quand les gens vont à la cabane à sucre, c’est pour l’expérience, pour passer une journée en famille, nous voyons nos oncles, nos tantes, nos petits-enfants et nous partageons tous un repas», a indiqué Stéphanie Laurin. «Mais les Québécois ont compris le message que si nous voulons rouvrir un jour les cabanes à sucre, nous devons commander en ligne cette année».

Pour Ève Masse et sa famille, Pâques implique généralement une réservation dans une cabane à sucre. Au cours des années précédentes, la famille de la région de la Montérégie a conduit parfois des heures de pour passer la journée à manger et à rire dans une cabane à sucre.

Avec Ma Cabane à la Maison, la famille, comme des milliers d’autres Québécois, a pu satisfaire son envie tout en restant à la maison – sans toutefois l’option «à volonté» d’une cabane à sucre habituelle.

«C’était délicieux», a déclaré Ève Masse, tout en admettant qu’elle s’était ennuyée de l’ambiance folklorique et festive. «Si les cabanes à sucre sont toujours fermées l’année prochaine, bien sûr, nous commanderons à nouveau!»

Stéphanie Laurin a indiqué que le week-end de Pâques a été de loin la période la plus profitable depuis le lancement de l’initiative. D’ici le 10 avril, Ma Cabane à la Maison aura livré 100 000 commandes, avec une moyenne de trois repas par commande, estime Stéphane Laurin.

Ma Cabane à la Maison a été particulièrement lucrative pour certains propriétaires de petites entreprises, qui se sont retrouvés à préparer plus de commandes cette année qu’ils ne le feraient normalement. Patricia Daoust, propriétaire du Bistro La Dent Sucrée, une cabane à sucre à l’ouest de Montréal, a expliqué qu’elle trouvait un second souffle avec cette initiative.

Avant la pandémie, le bistrot de Patricia Daoust ne pouvait pas accueillir plus de 100 personnes par soir, mais pour les vacances de Pâques, elle et son personnel ont produit plus de 300 boîtes d’un festin gastronomique sans gluten.

«J’ai les larmes aux yeux de voir le soutien», a déclaré Patricia Daoust. «Nous étions sur le point de perdre une tradition québécoise et nous avions besoin de cette initiative pour continuer.»

Pour Denise Grégoire, propriétaire de la cabane à sucre Constantin Grégoire, à l’est de Montréal, la quantité de repas produits pour Pâques cette année ne se compare pas aux 1 200 clients qu’elle accueille normalement chaque jour de la fin de semaine de Pâques. Mais la plateforme, a-t-elle dit, lui a donné la motivation de continuer.

«L’année dernière, nous avons dû fermer nos portes», a déclaré Denise Grégoire. «Donc, le week-end dernier, nous ne nous attendions pas à préparer autant de repas. C’était fou!».

Après le 18 avril, les épiceries Metro cesseront de stocker les repas, mais les Québécois pourront récupérer les commandes de Ma Cabane à la Maison directement aux cabanes à sucre ou les faire livrer.

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