Une plateforme pour résoudre ses conflits en ligne et éviter les tribunaux

SHERBROOKE, Qc — Le tout premier article du Code de procédure civile exige qu’avant de faire appel aux tribunaux, les parties impliquées dans un litige tentent de s’entendre par un mode de règlement privé. Il n’existe toutefois pas de véritable outil accessible pour le faire. Un besoin auquel souhaite répondre une toute nouvelle plateforme développée par un jeune diplômé de l’Université de Sherbrooke.

Lucas Métral travaille depuis plus de trois ans à développer sa plateforme nommée «Mediato», dont la version bêta doit être officiellement lancée en février à l’adresse www.mediato.ca. Pour l’utiliser, les parties en litige n’auront rien à payer, sauf les frais professionnels reliés au médiateur impliqué dans leur dossier.

Pour régler un différend, que ce soit par exemple un bris de contrat, un montant impayé ou encore un divorce, il suffit de s’inscrire en ligne, de choisir trois à cinq médiateurs parmi la liste de professionnels disponibles et d’expliquer les détails du problème. Ensuite, l’autre partie impliquée sera invitée à sélectionner un médiateur qui lui convient parmi les trois à cinq professionnels identifiés.

Le fondateur de Mediato ne croit toutefois pas que les citoyens ordinaires vont s’aventurer en masse sur la plateforme, du moins pas au début. Il s’attend plutôt à ce que les avocats s’en servent pour faciliter l’étape de la médiation.

«On pense qu’on n’est pas encore rendu au point où Monsieur et Madame Tout-le-monde savent qu’ils doivent utiliser la médiation et tenter la négociation avant d’intenter un recours. Donc, on vise d’abord les avocats qui représentent les parties. En ce moment, il n’existe que des bottins pour trouver un médiateur accrédité. Il n’y a pas encore de « tout inclus » qui crée l’environnement propice à la résolution», explique Lucas Métral, qui espère donc être la réponse à ce besoin.

Une fois que le médiateur est choisi de manière concertée par les deux parties, tout ce beau monde pourra échanger des documents, discuter, négocier à l’intérieur d’une chambre virtuelle sécurisée. D’ailleurs, la sécurité constitue évidemment un élément crucial du succès de la plateforme puisque tous les documents échangés contiennent des renseignements personnels et des informations confidentielles.

«Évidemment, on a commencé par ça! On met l’accent sur la sécurité», assure le jeune entrepreneur de 25 ans qui souhaite collaborer avec des consultants pour renforcer davantage la sécurité de l’outil. La version actuelle a été conçue par un développeur à partir d’un prototype créé par Lucas Métral.

Des sciences au droit

D’abord diplômé de l’Université de Montréal, où il a décroché un baccalauréat en biologie, en 2016, le jeune homme qui souhaitait poursuivre ses études a choisi de se diriger vers le droit. Intéressé par les affaires, il s’inscrit au programme droit-MBA de l’Université de Sherbrooke.

C’est justement dans le cadre d’un cours de droit civil, quelque part en 2017, que l’idée de plateforme en ligne fait surface.

«Pour moi, ça a vraiment résonné quand j’ai commencé à apprendre ce que c’était la médiation et l’arbitrage. Je me suis dit, c’est clair qu’il y a un potentiel de mettre ça en ligne et de faciliter la rencontre entre toutes les parties au litige», partage M. Métral.

Il se lance donc dans le projet à temps perdu, les soirs et les week-ends, surtout en parallèle de ses sessions en gestion des affaires.

«C’était surtout moi, dans ma tête, dans mon bureau. J’ai commencé à monter un prototype de plateforme sans avoir à coder. Bien sûr, je savais que je n’allais pas miser uniquement là-dessus», raconte l’idéateur qui s’est trouvé un partenaire parmi ses amis et collègues de la faculté de droit, Ari Varjabedian.

Les deux partenaires se sont ensuite partagé les tâches administratives, le marketing, etc.

Depuis quelques mois, le duo peut aussi compter sur l’aide du Laboratoire d’innovation juridique (LAB.IJ), un projet de l’université qui vise à soutenir les idées innovantes dans le domaine du droit. Lucas Métral avait même approché les responsables du LAB.IJ avant sa mise sur pied.

«Ils vont m’aider à parler à divers acteurs du monde juridique, des gens qui ont le même profil que moi ou de potentiels investisseurs, dont des cabinets», mentionne l’entrepreneur qui se réjouit de la création d’un tel service qui «manquait» à l’UdeS, selon lui.

Pour la suite des choses, Lucas Métral vient à peine de participer aux examens du Barreau et se trouve en attente du résultat. Il devra maintenant effectuer un stage professionnel qui permettra de confirmer son statut d’avocat.

«C’est sûr que ça va aider mon projet. Dire que je suis avocat, ça donne plus de crédibilité que de seulement être étudiant en droit», note-t-il.

Le développement de Mediato poursuit son parcours parallèle et la version bêta doit être lancée au cours du mois de février. Cette première version permettra de recueillir des commentaires d’utilisateurs afin d’améliorer le produit final.

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