Une policière de Calgary espère que sa poursuite mènera à des changements

SPRINGBANK, Alb. — Kim Prodaniuk n’avait pas l’intention de se retrouver sous les projecteurs, mais elle espère que sa poursuite intentée contre le service de police de Calgary pour harcèlement et trouble émotionnel aura un impact positif.

L’agente âgée de 40 ans a été embauchée en 2008 et elle est en congé lié au stress depuis 2017. Elle a joint sa voix à celles d’autres policières qui soutiennent que les autorités n’ont pas été en mesure d’offrir un environnement de travail sans intimidation ou harcèlement.

Mme Prodaniuk, qui a porté plainte contre le bureau du chef de police, l’Association policière de Calgary et la Ville de Calgary en mars, a récemment déposé un affidavit de 132 pages détaillant ses années dans les forces de l’ordre.

«Je me vois comme une agente du changement. Depuis 2017, je parle des problèmes systémiques de régulation, de brutalité policière et d’abus de pouvoir», a dit Mme Prodaniuk lors d’un récent entretien avec La Presse canadienne dans son domicile de Springbank, en Alberta.

«Ce sont des enjeux réels. C’est le nuage noir qui fait ombrage à ceux qui font du bon travail, aux bons policiers, et qui existe aussi à Calgary.»

Dans sa déclaration sous serment, Mme Prodaniuk dévoile plusieurs cas de harcèlement sexuel et d’intimidation. Dans une histoire qu’elle raconte, un agent lui a parlé de sa situation à la maison, affirmant qu’il avait des visions dans lesquelles il tuait sa copine.

«Il m’a dit que si j’en parlais à quelqu’un, il inventerait des rumeurs de nature sexuelle à mon sujet et les répandrait au sein du service policier de Calgary», a-t-elle écrit.

«Jamais je n’aurais pu imaginer une situation où, en tant que policière, ma carrière et réputation seraient compromises en rapportant un danger à mon employeur.»

Mme Prodaniuk soutient aussi avoir eu à feindre un orgasme en faisant un tour de carrousel dans un centre commercial pendant une formation pour une opération secrète, en plus de faire des appels à caractère sexuel lors d’une audition pour une fausse ligne érotique. Les enregistrements des appels auraient ensuite été partagés au sein du corps policier masculin.

«Je pouvais soit échouer les simulations, ce qui aurait pu mettre fin à mes chances de faire des opérations secrètes, ou les effectuer. (…) Ce que le service policier de Calgary m’a demandé de faire m’a forcée à franchir des barrières personnelles morales et étiques», a-t-elle écrit.

«En réalité, c’était une formation d’une semaine dédiée au divertissement des agents masculins du service aux dépens de la dignité sexuelle des policières.»

Les allégations n’ont pas été prouvées en cour.

Le service policier de Calgary n’a pas déposé de déclaration, mais a plutôt intenté une motion pour rejeter la poursuite. Il soutient que selon la convention collective avec les policiers, tout grief doit être déposé dans les 60 jours.

Le chef Mark Neufeld a affirmé n’avoir jamais lu l’affidavit.

«Je ne vais pas commenter ce cas précis parce qu’il est devant les tribunaux», a-t-il dit.

«Ce que je peux dire par contre est que les allégations que j’ai lues dans l’exposé de la plainte sont répugnantes. Ces choses-là m’inquiètent énormément et toute personne mérite de travailler dans un milieu de travail sécurité et respectueux.»

L’avocat de Mme Prodaniuk, Brendan Miller, a affirmé que le service policier de Calgary pourrait lever la limite de 60 jours pour porter plainte.