Une politique «En Alerte» de la GRC deux ans après la tuerie en Nouvelle-Écosse

OTTAWA — Près de deux ans après avoir été critiquée pour ne pas avoir lancé d’alerte d’urgence lors d’un carnage par un tireur sur une période de 13 heures en Nouvelle-Écosse, la GRC a enfin mis en place une politique nationale du système En Alerte.

La politique interne de huit pages est entrée en vigueur le 1er mars et a été fournie à La Presse Canadienne par la GRC.

Elle décrit les circonstances dans lesquelles une alerte publique peut être utilisée, y compris les situations de tireur actif, les attaques terroristes, les émeutes et les catastrophes naturelles.

La politique stipule que les superviseurs ou les commandants d’unité peuvent approuver une demande d’alerte, en soupesant son urgence et sa gravité, et note qu’il y aura une augmentation des appels une fois l’alerte déclenchée.

Chaque commandant est censé créer un poste de coordonnateur des alertes publiques et tenir des statistiques sur l’utilisation des alertes.

De plus, la nouvelle politique indique qu’il appartient aux commandants de chaque division de travailler avec les autorités provinciales ou territoriales pour établir des protocoles d’alerte publique, y compris ce qu’il faut faire si l’incident se déplace d’une province ou d’un territoire à l’autre.

Selon la politique, des informations sur l’incident doivent être récoltées, notamment qui est impliqué – une description de la personne et du véhicule, s’il y en a un – où et quand cela s’est produit, pourquoi l’alerte est diffusée et «les actions que le public devrait prendre.»

Les superviseurs ou les commandants approuvent les demandes, et la GRC précise que la décision d’utiliser une alerte est «à la discrétion des agents qui répondent et gèrent l’incident».

«La politique de la GRC fournit un guide pour faire face aux incidents, mais n’oblige pas les agents à publier des alertes, car la politique ne peut pas adresser toutes les situations possibles», a déclaré un porte-parole de la GRC dans un courriel.

En avril 2020, le tireur Gabriel Wortman a assassiné 22 personnes en 13 heures en Nouvelle-Écosse, vêtu comme un policier et conduisant une réplique d’un véhicule de patrouille, et le système d’alerte d’urgence n’a jamais été activé pour avertir le public. La GRC a plutôt utilisé Twitter pour partager des informations avec le public.

La GRC a déclaré qu’elle était en train de rédiger une alerte lorsque le tireur a été tué par la police, mais l’enquête publique en cours sur la fusillade a également révélé que les officiers supérieurs ne savaient pas comment utiliser le système.

Des membres de la famille des victimes estiment que des vies auraient pu être sauvées si la population avait été informée plus tôt. L’enquête publique avait pour mandat d’investiguer sur les communications de la GRC avec le public pendant et après cette fin de semaine.

La surintendante Dustine Rodier, qui était responsable du centre de communication opérationnel lors de la fusillade, a déclaré à la commission d’enquête la semaine dernière que «l’état d’alerte serait envisagé» en cas de fusillade active, dorénavant. 

Des preuves publiées précédemment ont confirmé que des officiers supérieurs de la GRC craignaient qu’une alerte publique plus étendue ait pu mettre des policiers en danger en provoquant une «panique frénétique». La GRC a également laissé entendre que des opérateurs du 9-1-1 auraient pu être submergés par des personnes qui appellent à la recherche d’informations.

La Nouvelle-Écosse a utilisé le système d’alerte d’urgence 12 fois depuis la fusillade pour des événements impliquant une intervention policière. Le chef du bureau de gestion des urgences de la Nouvelle-Écosse, Paul Mason, a déclaré à l’enquête qu’il n’avait pas vu de panique massive en réponse à l’utilisation du système.

Cheryl McNeil, consultante et ancienne employée de la police de Toronto, a qualifié la théorie de «mythe de la panique» et a déclaré que «tant que les alertes sont claires, énoncées de manière concise et fournissent une orientation, je ne vois pas comment la panique peut être un résultat d’une communication visant à informer le public des informations qu’il doit connaître».

La politique nationale de la GRC stipule qu’«il y aura une augmentation des appels» après l’envoi d’une alerte, ce qui mettra probablement à rude épreuve les ressources. Il recommande de faire venir plus de personnel lorsque possible.

Mme Rodier a déclaré à l’enquête que la meilleure façon de contrer cela est d’éduquer le public sur les alertes d’urgence, mais elle a également dit que la GRC n’avait développé aucun outil d’éducation de ce genre. Elle a affirmé que cela dépendrait de la province.

La GRC peut désormais publier ses propres alertes en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick, grâce aux ententes signées avec les deux provinces depuis la fusillade.

En 2016, le Bureau de gestion des urgences de la Nouvelle-Écosse a offert à la GRC la possibilité de diffuser des alertes parce qu’elle dispose d’un personnel 24 heures sur 24 et elle est «mieux placée pour réagir rapidement aux événements qui se déroulent», selon un résumé des preuves publiées lors de l’enquête publique.

L’offre n’a pas été acceptée.

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