Première historique: Québec crée un ministère de la Langue française

QUÉBEC — Simon Jolin-Barrette avait un titre. Il a maintenant un ministère au complet. Auparavant ministre responsable de la langue française, il a été nommé officiellement mercredi à la tête du nouveau ministère de la Langue française. 

Le changement peut sembler cosmétique ou terminologique, mais dans les faits, il indique que pour la première fois de son histoire, le Québec se dote d’un véritable ministère consacré à la promotion du français, avec toutes les ressources et les outils nécessaires pour mener à bien son mandat de faire de la langue française le code commun des Québécois.

Déjà fort occupé avec son poste de ministre de la Justice et celui de leader parlementaire, M. Jolin-Barrette devra donc dans les prochains mois trouver du temps pour bâtir un ministère et constituer son équipe, qui devra s’assurer que la toute nouvelle loi 96, qui ratisse très large, sera appliquée.

Adoptée dans la controverse, la loi 96 offre une nouvelle mouture de la Charte de la langue française (ou loi 101) de 1977.

En mêlée de presse après son assermentation, M. Jolin-Barrette s’est approprié les propos récents du premier ministre François Legault sur l’importance d’agir pour contrer la menace de la disparition du français au Québec, reprenant l’exemple de la Louisiane.

«Est-ce que vous trouvez normal que des langues, comme la langue française en Louisiane, il y a une perte, un déclin et une disparition?», s’est-il interrogé, devant les médias présents, en ajoutant que personne ne pouvait nier qu’il y avait un déclin du français au Québec, particulièrement à Montréal.

Il s’est une fois de plus prononcé contre la «bilinguisation» du Québec et l’«effacement du français».

Le ministre s’est fait rassurant auprès de la communauté anglophone, qui ne perd aucun droit, a-t-il dit, et tout aussi rassurant auprès des nouveaux arrivants, qui, contrairement à ce que certains prétendent, ne seront pas forcés d’apprendre le français en six mois. Il a rappelé aux nouveaux immigrants que la loi prévoit que ce sont les services de l’État qui leur seront offerts uniquement en français, six mois après leur arrivée. 

Si le nouvel arrivant, au bout de six mois, ne peut s’exprimer en français et comprendre la langue officielle du Québec, «nous trouverons une solution», a promis le ministre, en anglais. Des mesures d’accompagnement, comme le service d’un interprète, pourront être disponibles, au besoin, a-t-il dit.

Il a rappelé qu’il fallait que l’État québécois donne l’exemple en la matière, qu’il renonce au «bilinguisme institutionnel», en évitant de passer à l’anglais «chaque fois qu’une personne ne peut pas parler français».

Le ministre a mis l’accent sur l’importance de hausser les transferts linguistiques vers le français pour assurer la pérennité de cette langue au Québec, avec l’objectif que 90 % des nouveaux arrivants préféreront le français à l’anglais «le plus rapidement possible». 

On misera à la fois sur un encadrement plus serré de la langue du travail, de la langue du commerce et celle des affaires. Déjà présente dans les grandes entreprises depuis longtemps, la loi 101 sera aussi étendue aux entreprises de 25 à 49 employés, qui devront faire la démonstration qu’elles fonctionnent en français.

«On agit sur tous les fronts, tous les paramètres», a-t-il dit.

Le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, a tenu le même discours, en notant que «les données sur les transferts linguistiques chez les allophones nous disent qu’environ 55 % des allophones vont choisir le français comme langue d’usage à moyen, long terme, contre 45 % vers l’anglais. Il est là, le recul de la langue française, dans la grande région de Montréal, c’est que les transferts linguistiques, pour que ce soit durable, il faudrait que ce soit autour de 90 % vers le français et 10 % vers l’anglais».

Pour mener à bien son projet, Québec va notamment embaucher une centaine de fonctionnaires à l’Office de la langue française (OQLF), qui voit ses pouvoirs renforcés.

Le gouvernement va aussi notamment se doter d’une politique linguistique de l’État d’ici un an, créer un poste de Commissaire à la langue française, pour accueillir les plaintes, tandis que le Conseil supérieur de la langue française (CSLF) sera aboli. 

«Le français est en déclin au Québec», tant pour la langue du travail que celle parlée à la maison, a réaffirmé de son côté le premier ministre François Legault, en mêlée de presse, pour justifier les changements annoncés. Il n’a pas reculé sur sa comparaison avec la Louisiane, un rapprochement que d’aucuns ont jugé nettement exagéré. Au Québec, le français risque de «disparaître» à court ou moyen terme, sans coup de barre, d’abord à Montréal, puis partout au Québec, a-t-il répété.  

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