Une Première Nation de Nouvelle-Écosse lance, hors saison, sa pêche au homard

SAULNIERVILLE, N.-É. — Vingt-et-un ans jour pour jour après que la Cour suprême du Canada a confirmé le droit des communautés autochtones de l’est du pays de chasser et pêcher pour gagner leur vie, une Première Nation de la Nouvelle-Écosse a organisé jeudi une cérémonie, mouvementée, pour délivrer cinq permis de pêche au homard à ses membres.

Mais la scène était tendue sur les eaux agitées de la baie Sainte-Marie, au large du quai de Saulnierville, où des pêcheurs allochtones mécontents attendaient dans une flottille d’environ 80 bateaux de pêche. Un navire de la Garde côtière canadienne était visible au large, mais une porte-parole fédérale a déclaré plus tard qu’on n’avait signalé aucun incident en mer.

Certains pêcheurs allochtones du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse affirment que la Première Nation Sipekne’katik n’a pas le droit de lancer sa propre pêche commerciale autogérée, principalement parce que la saison de cette pêche est maintenant fermée. Mais le chef Michael Sack a déclaré que les membres de sa communauté n’exerçaient que les droits constitutionnels confirmés dans la décision du plus haut tribunal en 1999, connue sous le nom d’«arrêt Marshall».

«Notre problème ne concerne pas les pêcheurs commerciaux», a-t-il déclaré à une foule d’environ 200 personnes, debout sur un casier à homard. «Nous avons un problème avec les niveaux de gouvernement qui ne respectent pas nos droits.»

Quelques instants plus tard, des représentants des Premières Nations ont pris part à une cérémonie pour attribuer des permis et des étiquettes de casiers sanctionnés par la bande à cinq pêcheurs autochtones, chacun limité à 50 casiers.

«Mon père serait fier de moi»

Randy Sack, fils du défunt militant autochtone Donald Marshall Jr., a été le premier à recevoir un permis. «Mon père serait fier de moi en ce moment», a-t-il dit. Le 17 septembre 1999, il y a 21 ans jour pour jour, la Cour suprême du Canada concluait que son père avait le droit, en vertu d’un traité, de pêcher les anguilles quand et où il le voulait — sans permis.

L’arrêt Marshall précisait également que les communautés Mi’kmaq, Malécite et Passamaquoddy dans l’est du Canada pouvaient chasser, pêcher et se rassembler pour gagner un moyen de subsistance modéré, bien que le tribunal ait ajouté une clarification deux mois plus tard, affirmant que le droit issu du traité était assujetti à la réglementation fédérale. Cette décision complémentaire est maintenant au coeur de l’argumentation des pêcheurs allochtones, qui estiment que les Premières Nations doivent respecter les mesures de conservation d’Ottawa.

La ministre fédérale des Pêches, Bernadette Jordan, s’est dite profondément préoccupée par l’escalade des tensions en Nouvelle-Écosse. Elle a indiqué qu’Ottawa travaillait avec les Premières Nations pour conclure des accords, mais les dirigeants autochtones de la Nouvelle-Écosse ont estimé que le processus prenait trop de temps. La ministre Jordan a déclaré que les pourparlers se poursuivraient mais qu’en attendant, il ne pouvait y avoir de pêche commerciale en dehors de la saison commerciale.

Bruce Wildsmith, l’avocat qui a représenté Donald Marshall en 1999, admet qu’Ottawa conserve le droit de réglementer. Mais il plaide que l’arrêt Marshall prévoit également que le ministre des Pêches doit proposer des règlements et ensuite consulter les Mi’kmaq au sujet de ces règles. Or, «cela n’a jamais été fait», a-t-il dit en entrevue.

Le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Stephen McNeil, presse Ottawa d’«intensifier» les pourparlers avec les dirigeants autochtones pour parvenir à une résolution du conflit. «Il est de la responsabilité du gouvernement fédéral de travailler de nation à nation», a-t-il déclaré jeudi après une réunion du cabinet. Le ministre provincial des Pêches, Keith Colwell, a prévenu que ceux qui achèteraient du homard pêché hors saison seraient poursuivis. 

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