Une Première Nation veut récupérer un totem qui aurait été volé en 1929

VANCOUVER — Des délégués de la Première Nation Nisga’a se rendront la semaine prochaine en Écosse pour discuter de la possibilité de récupérer un totem qui lui aurait été volé il y a près d’un siècle.

Sept membres de cette communauté de la Colombie-Britannique, dont le chef Earl Stephens, doivent rencontrer lundi des conservateurs et des politiciens au Musée national d’Écosse.

«C’est la première fois, de mémoire d’homme, que des membres de la Maison de Ni’isjoohl, seront capables de voir ce mât mémoriel de leurs propres yeux, a déclaré M. Stephens dans un communiqué. Cette visite sera profondément émouvante pour nous tous.»

Le totem de Nisga’a, aussi connu sous le nom du mât mémoriel de Ni’isjoohl, a été sculpté à la main dans les années 1860. Il décrit l’histoire de Ts’wawit, un guerrier qui devait devenir le chef de la tribu avant sa mort survenue lors d’un conflit avec une nation voisine.

La Première Nation soutient que ce totem leur a été pris en 1929 sans son consentement par l’ethnographe québécois Marius Barbeau au moment de la saison de la chasse et des récoltes.

Le totem aurait ensuite été vendu au musée écossais.

Amy Parent, membre de la Première Nation et titulaire d’une chaire de recherche du Canada sur l’éducation et la gouvernance autochtone à l’Université Simon Fraser, dit que le retour de cet artéfact permettra de restaurer un élément de l’identité culturelle de la nation.

«Je veux que nos enfants se réveillent chaque jour sans avoir à chercher une histoire sur qui nous sommes», souligne-t-elle.

Elle indique que les délégués souhaitent discuter de «leurs véritables intentions» avec les autorités écossaises. Ils veulent demander le transfert des titres de propriété du totem à la Première Nation au cours de leur visite.

«Jusqu’ici, ils ont été positifs avec nous. Ils désirent s’assurer qu’ils seront culturellement respectueux en accueillant notre délégation, dit Mme Parent. Nous tentons de faire preuve d’un optimisme modéré sur le résultat de nos discussions.»

Mme Parent raconte que ce n’est pas la première fois que des représentants de la nation Nisga’a se rendent en Europe afin d’identifier et de réclamer des artéfacts lui appartenant. Un groupe avait visité le musée écossais en 2018, mais le totem était alors trop fragile pour être déplacé.

Toutefois, elle a plus tard découvert que l’artéfact avait été déplacé lors des récents travaux de rénovation au musée.

«Des experts canadiens ont déterminé que le mât était en assez bon état pour être déplacé. Ils n’ont pas hésité à dire qu’il supporterait son voyage de retour au Canada et à notre nation.»

Leur analyse a convaincu la nation de retourner en Écosse dans l’espoir de récupérer le totem.

«Ils peuvent nous aider à réécrire l’histoire par cet acte de réparation, ajoute Mme Parent. C’est l’occasion pour le gouvernement de l’Écosse de démontrer au monde entier que la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones n’est pas que symbolique. C’est un outil juridique qui peut transformer la vie de tous les Autochtones. Le monde nous regarde.»

La Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones a été adoptée en 2007. Elle vise à établir des normes minimales pour la survivance et le bien-être des peuples autochtones à l’échelle de la planète.

Le National Museums Scotland, l’agence qui supervise le musée national écossais, a dit «être ouvert à un dialogue et à favoriser une collaboration avec les communautés pour lesquelles des objets de nos collections ont une importance particulière».

«Nous sommes prêts à accueillir une délégation de la nation Nisga’a au Musée national de l’Écosse pour qu’elle puisse voir le mât mémoriel, partager des renseignements à son sujet et être informée des procédures de demande de transfert d’un objet.»

Mme Parent espère que le musée et le gouvernement écossais accepteront également de payer la note du retour de l’objet en Colombie-Britannique.

«Ce fardeau ne doit pas tomber sur nos épaules», dit-elle.

Si le totem est rapatrié, il serait érigé à l’intérieur du musée Nisga’a qui abrite plus de 300 autres reliques culturelles.

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