Une quatrième femme poursuit Gilbert Rozon en dommages pour agression sexuelle

MONTRÉAL — Six mois après l’acquittement de Gilbert Rozon, celle qui était la plaignante dans cette affaire criminelle, Annick Charette, a déposé une poursuite civile de 1,3 million $ contre lui.

Son témoignage en cour criminelle n’a pas réussi à faire reconnaître l’homme coupable de viol et d’attentat à la pudeur, mais elle n’a pas l’intention de baisser les bras.

Elle devient ainsi la quatrième femme à déposer une poursuite civile en dommages contre l’ex-magnat de l’humour pour agression sexuelle.

Dans son action déposée mercredi au palais de justice de Montréal, Mme Charette demande à être indemnisée pour ce qu’elle dit avoir subi: le viol survenu en 1980, mais aussi pour les mensonges de Gilbert Rozon en cour et la version «imaginaire, abracadabrante et humiliante» qu’il a racontée à la juge Mélanie Hébert, dans laquelle il se posait plutôt comme la victime, et elle, l’agresseur.

Un épisode qu’elle dit avoir vécu comme un «second viol».

De toutes les femmes qui ont porté plainte à la police contre le fondateur de Juste pour rire, seule celle faite en 2017 par Mme Charette a été retenue par le ministère public. Elle a mené à des accusations criminelles contre lui, un processus qui s’est toutefois soldé par un acquittement en décembre 2020: dans la tête de la juge, il subsistait «un doute raisonnable» quant à la culpabilité de l’homme.

La juge Hébert a toutefois reconnu que la version de l’accusé était moins plausible que celle de Mme Charette. 

Lors du procès, Mme Charette avait raconté un rendez-vous galant en 1980 avec Gilbert Rozon, lorsqu’elle avait 20 ans et lui, 25. Après la soirée, il l’a emmenée dans une maison à laquelle il avait accès, prétextant devoir y chercher des documents. Le lendemain matin, elle a relaté s’être réveillée parce que Gilbert Rozon était soudainement sur elle, «déterminé à avoir une relation sexuelle» à laquelle elle n’a jamais consenti. L’accusé a plutôt raconté s’être réveillé alors que la plaignante était à califourchon sur lui, en train de «se faire l’amour».

«Il a inventé un scénario dans lequel la demanderesse le chevauchait, en transe, dans « ce qui pouvait s’apparenter à une forme de masturbation ». Il a affirmé qu’il avait alors « accepté son sort » parce que « ça (l’)arrangeait » et qu’il ne voulait pas briser le charme dans lequel elle semblait être», peut-on lire dans la procédure, dans un paragraphe qui résume le témoignage de l’homme au procès criminel.

Un scénario «grotesque», qui lui a donné l’impression qu’on la violait pour une deuxième fois, déplore la femme.

État de choc, nausées, frissons, confusion et tremblements: voilà ce qu’elle a ressenti après le témoignage de l’homme en cour. 

Pourquoi une action en dommages

Dans sa poursuite, Mme Charette explique pourquoi elle veut un procès civil: «elle demande que justice soit faite».

Mais aussi, elle veut «que la vérité du viol qu’elle a subi et qu’elle dénonce soit démontrée, que les mensonges du défendeur (Rozon) soient exposés, que le défendeur paie pour les dommages qu’il lui a causés et qu’il soit condamné à des dommages punitifs suffisamment importants pour dénoncer, punir et dissuader son comportement odieux».

Que l’homme n’ait pas été reconnu coupable n’est pas un empêchement à une poursuite en dommages: le fardeau de la preuve est moins lourd que lors d’un procès civil. Au criminel, la poursuite doit démontrer la culpabilité de l’accusé «hors de tout raisonnable» alors qu’au civil, il suffit que le comportement fautif soit démontré selon «la balance des probabilités», c’est-à-dire que la version de celui qui poursuit est plus probable que celle de l’autre.

Les dommages

On peut lire dans la procédure les préjudices que Mme Charette dit avoir subis.

Plus de 40 ans après le viol qu’elle dénonce, elle rapporte encore ressentir la même colère, honte et culpabilité qui l’habitaient au moment des événements. Elle a senti qu’elle était un «objet de mépris», une personne qui n’est pas digne de respect.

«Le viol a instillé en elle un profond sentiment d’insécurité»: pour se protéger, elle a vécu comme si elle était toujours en danger, autant dans sa vie professionnelle que personnelle, ce qui a eu un impact considérable sur elle, notamment sur ses relations amoureuses.

De plus, l’histoire «humiliante» racontée par Gilbert Rozon au procès lui a causé un préjudice distinct de celui relié aux agressions sexuelles.

«Ses mensonges éhontés sous serment ont de surcroît sali et dégradé la demanderesse et ainsi aggravé l’atteinte à l’intégrité et à la dignité de celle-ci», est-il écrit.

La demanderesse réclame ainsi 300 000 $ à titre de dommages-intérêts moraux, mais elle veut aussi qu’un juge ordonne à Gilbert Rozon de payer un million $ en dommages punitifs pour ses actes intentionnels, à la fois ceux de 1980 et ceux de 2020.

Avant Mme Charette, les trois femmes qui l’ont poursuivi pour agression sexuelle sont la comédienne Patricia Tulasne, qui a intenté la première poursuite civile individuelle de 1,6 million $, la réalisatrice Lyne Charlebois qui lui réclame 1,7 million $ et la comédienne et metteuse en scène Danie Frenette qui le poursuit pour  2,2 millions $.

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