Une radio mexicaine commence à diffuser avec l’aide du génie étudiant québécois

MONTRÉAL — Une nouvelle radio a commencé à diffuser à midi, mercredi, dans une communauté rurale du Mexique avec l’aide du génie étudiant québécois.

«Ça marche! C’est un beau moment aujourd’hui. C’est drôle parce qu’après 15 semaines de stress et de travail, on voit que tout fonctionne… c’est un bon « feeling »!» s’est exclamé Alexander Raymond, un des étudiants en technologie de génie électronique du Collège Dawson qui étaient au coeur de cette réalisation.

Le projet amorcé il y a quelques années par le Bureau de développement durable du collège montréalais a ainsi franchi la ligne d’arrivée lorsque le dernier groupe d’étudiants impliqués, ceux qui ont conçu et fabriqué les panneaux solaires et les batteries pour alimenter la station de radio, se sont réunis dans un local du cégep pour voir et entendre en direct via le web deux collègues mexicaines inaugurer leur première diffusion.

Tout juste avant le moment tant attendu, leur professeur, John Veroutsos, a tenu à leur rendre hommage tout en leur rappelant les grands objectifs de l’exploit qu’ils venaient d’accomplir: «Ceci est le sens de ce que vous faites, c’est le fait d’amener des connaissances pratiques au prochain niveau, parce que les expériences en classe sont excellentes pour apprendre, mais elles ne peuvent pas se substituer ou se comparer au monde réel.»

«Le monde est en crise, le monde a besoin de vous pour développer de meilleurs panneaux solaires, de meilleures batteries, de meilleures voitures électriques, de meilleures solutions durables pour les résidences et ainsi de suite. C’est entre vos mains», a lancé le professeur.

Bâtir avec l’argile

Au-delà des panneaux solaires et batteries, des étudiants montréalais ont participé à toutes les étapes de réalisation, incluant la construction de la petite station de radio en briques d’argile fabriquées sur place, à Tres Marias, selon les méthodes traditionnelles.

L’un des objectifs du projet était justement de contribuer à préserver des savoirs qui se perdent, telle la fabrication de ces briques.

Il ne restait, dans le village d’environ 6000 âmes situé à près de 3000 mètres d’altitude, que deux personnes capables d’identifier le bon type d’argile requis pour ce genre de construction et ayant la compétence pour fabriquer les briques d’adobe à partir de cette précieuse matière première.

Le seul fait d’avoir contribué, cependant, était une motivation en soi, explique un autre des étudiants impliqués dans le projet, Anthony Rivera: «La minute où j’ai entendu parler du projet, j’étais vraiment content qu’on puisse aider une communauté moins développée que nous autres. C’est toujours quelque chose qu’on aimerait faire, aider tout le monde parce que ce n’est pas tout le monde qui a les mêmes privilèges que nous.»

L’âge des idéaux et de la créativité

Chris Adam, coordonnateur du Bureau de développement durable de Dawson et un des initiateurs de ce projet, n’est nullement surpris de cette motivation, pas plus que du résultat.

«J’ai une grande confiance dans notre institution, dans les cégeps. C’est vraiment un milieu spécial», dit-il, visiblement convaincu qu’il a une chance inouïe de croiser ces êtres humains au moment où le bouillonnement de leur vie est le plus productif.

«Ce n’est pas une université comme Concordia ou l’UQAM et ce n’est pas une école secondaire: cet âge, entre 17 ans et 23 ans, pour moi, c’est l’âge où il y a beaucoup de créativité, d’imagination. Si on le leur demande, les étudiants peuvent accomplir de belles choses.»

Sans vouloir dégonfler ce bel idéalisme, la réponse d’Anthony Rivera ramène toutefois les motivations de son groupe bien fermement aux considérations prosaïques lorsqu’on lui demande s’il avait confiance que ça fonctionne au début du projet: «Pas le choix: ça doit fonctionner sinon on coule le cours!», a-t-il laissé tomber avec un rire franc.

Il ne fait aucun doute, par ailleurs, que ces jeunes étaient extrêmement fiers non seulement de la réussite, mais aussi de leur contribution à une communauté avec laquelle ils sont clairement tombés en amour au fil des semaines.

La station de radio de Tres Marias, dans l’état de Morelos, est la première du genre dans le secteur.

La diffusion se fait sur le web, auquel environ la moitié de la population locale a accès.

L’objectif est aussi de tenir des moments de diffusion pour la communauté qui pourra se réunir dans des lieux publics tels des restaurants, cafés ou autres, pour écouter les émissions.

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