Une responsable mohawk accuse la police de Winnipeg d’atteinte à la dignité humaine

OTTAWA — Une Mohawk chargée d’aider les communautés autochtones à enquêter sur les tombes anonymes estime que le refus de la police de Winnipeg de rechercher dans un dépotoir les restes de femmes disparues constitue une «atteinte à la dignité humaine».

Kimberly Murray a fait ce commentaire lors de l’assemblée extraordinaire des chefs de l’Assemblée des Premières Nations, à Ottawa. Les chefs prévoient justement de discuter de la manière de répondre aux meurtres et aux disparitions de femmes et de filles autochtones.

Mme Murray, qui avait été directrice de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, a plus tard été nommée par le gouvernement fédéral à titre d’interlocutrice spéciale pour aider les communautés à rechercher les restes d’enfants qui ont été forcés de fréquenter les pensionnats pour Autochtones.

Elle a rappelé aux délégués que l’un des principes directeurs de son bureau est que les familles et les communautés ont le droit de savoir ce qui est arrivé à ces enfants, comment ils sont morts — et où ils sont enterrés, justement. Mme Murray a affirmé que le même droit s’applique aux familles des femmes autochtones de Winnipeg dont les restes se trouveraient dans une décharge.

«Et je pense à nos femmes, dont la police de Winnipeg refuse d’aller rechercher les restes, et j’estime que c’est une atteinte à la dignité humaine, a déclaré mardi soir Mme Murray, de la nation mohawk de Kanesatake. Ces familles ont le droit de savoir. La convention internationale prévoit qu’elles ont le droit de savoir.»

Plus tôt mardi, Cambria et Kera Harris avaient lancé un appel émouvant, à l’extérieur de la Chambre des communes, pour que la police de Winnipeg commence à rechercher leur mère, Morgan Harris, 39 ans, qui a disparu en mai dernier et dont les restes se trouveraient dans une décharge de la ville — avec les restes d’au moins une autre femme disparue.

La police a accusé Jeremy Skibicki, 35 ans, de quatre chefs de meurtre au premier degré relativement à la mort de Mme Harris, de Marcedes Myran et de Rebecca Contois, ainsi que d’une autre femme non identifiée.

Cambria Harris a qualifié de «dégoûtante» la décision de la police de ne pas rechercher sa mère; elle estime qu’elle ne devrait pas avoir à supplier les autorités.

Lors de la période des questions aux Communes, mardi, le ministre des Relations Couronne-Autochtones, Marc Miller, a déclaré qu’il était «consternant d’entendre la nouvelle que cette décharge ne sera pas fouillée», affirmant qu’il espérait obtenir des réponses claires de la Ville de Winnipeg.

«Il est clair que le gouvernement fédéral doit jouer un rôle dans un domaine où ‘champs de compétence’ sont des mots toxiques et continuent de tuer des femmes et des enfants autochtones dans ce pays.»

Au cabinet du ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino, qui doit s’adresser à l’Assemblée des chefs mercredi soir, on a confirmé qu’il n’avait reçu aucune demande d’aide pour fouiller la décharge. Le chef de la police de Winnipeg, Danny Smyth, a également déclaré qu’il n’avait parlé à personne au gouvernement fédéral à ce sujet.

Le responsable de la police scientifique du service, Cam MacKid, avait expliqué aux médias mardi que ce ne serait pas possible d’effectuer des recherches au dépotoir, étant donné le temps écoulé et la quantité de déchets déversés depuis sur le site, qui sont régulièrement compactés à l’aide d’équipements lourds.

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