Une vague de suicide pousse une Première Nation à décréter un état d’urgence

CROSS LAKE, Man. – Une Première Nation isolée du nord du Manitoba a décrété l’état d’urgence en raison d’une vague de suicides qui a coûté la vie à six personnes au cours des deux derniers mois.

Selon les autorités de la nation crie Pimicikamak, une communauté autochtone située au nord du lac Winnipeg, les travailleurs de la santé ne peuvent plus faire face à la situation. Un conseiller de la bande amérindienne, Donnie McKay, a indiqué que le poste de soins avait enregistré 140 tentatives de suicide au cours des deux dernières semaines. Il a ajouté qu’il n’y avait que deux infirmières, la nuit.

«Elles travaillent 24 heures sur 24 et elles sont prêtes à lâcher», craint-il.

M. McKay ajoute quesa communauté — qui compte 8300 habitants — est traumatisée et a besoin d’une aide immédiate des gouvernements fédéral et provincial. Une rencontre avec la ministre de la Santé du Manitoba, Sharon Blady, la semaine dernière, a entraîné l’envoi d’un travailleur de la santé mentale pour un quart de huit heures.

«C’est ridicule», déplore le conseiller qui a dû se rendre dans une résidence, il y a quelques jours, pour empêcher un homme de s’enlever la vie.

La chef intérimaire de la nation, Shirley Robinson, a indiqué que le taux de sans-emplois atteignait 80 pour cent.

Des résidants en colère avaient occupé la centrale électrique située tout près en 2013. Leurs terres traditionnelles sont trop souvent inondées et les promesses de développement économique et les programmes d’emplois ne se sont jamais concrétisés, accusaient-ils.

Le premier ministre du Manitoba Greg Selinger a présenté des excuses personnelles à la population de Cross Lake pour les dégâts provoqués par le développement hydro-énergique sur son mode de vie et son identité culturelle.

À la suite de ces excuses, la communauté a repris espoir, note Mme Robinson, mais ce sentiment est rapidement disparu.

Une cousine de Mme Robinson, une mère de trois enfants âgée de 33 ans, a été la dernière à s’enlever la vie au cours du week-end.

Une porte-parole des Affaires autochtones et du Nord, Michelle Perron, a déclaré, par courriel, que le ministère collaborait avec le conseil de bande et d’autres organismes «pour identifier les besoins et prendre des mesures immédiates».

Les autorités de la réserve réclament l’envoi immédiat de six travailleurs de la santé mentale, d’un psychologue pour enfants et d’un thérapeute familial. À plus long terme, elles demandent la construction d’un hôpital dans la réserve et des installations récréatives pour les plus jeunes.