UNIS: des questions sans réponses au lendemain de la comparution de Trudeau

OTTAWA — Au lendemain de sa comparution devant le comité des finances, le premier ministre Justin Trudeau a refusé de dire ce que la fonction publique a effectué comme vérifications diligentes à sa demande pour permettre à l’organisation UNIS d’administrer un programme de bénévolat pour les étudiants et nouveaux diplômés.

De passage dans les quartiers généraux de l’Agence de la santé publique du Canada, vendredi, le premier ministre a été bombardé de questions laissées sans réponses la veille.

Il a déclaré au comité, jeudi, avoir levé des drapeaux rouges sur l’octroi de ce contrat à UNIS le 8 mai en raison de ses liens familiaux avec l’organisme, mais a décidé de se rallier à la recommandation de la fonction publique, le 21 mai. Il a dit avoir obtenu l’assurance que l’organisation des frères Kielburger était la seule qui pouvait déployer le programme dans les temps voulus.

Il n’est toujours pas clair, cependant, quelles vérifications ont été faites par la fonction publique pendant ces deux semaines qui auraient rassuré le bureau du premier ministre. À la question d’une journaliste qui lui demandait «qu’est-ce qu’on a dit pour vous rassurer exactement?», M. Trudeau avait peu à offrir.

«On m’a assuré (…) qu’ils avaient effectivement revérifié, fait des suivis et ils étaient très, très confiants dans leur recommandation que c’était le seul organisme qui allait pouvoir livrer ce programme. Et, comme vous savez, je fais confiance à notre fonction publique extraordinaire qui a livré pendant cette pandémie des programmes jamais vus et extrêmement efficaces pour aider des millions de Canadiens de façon extrêmement flexible et créative», a-t-il dit.

M. Trudeau dit qu’il savait qu’il y aurait des questions au sujet des liens entre sa famille et UNIS, donc il voulait s’assurer «à 100 %» que la fonction publique allait confirmer qu’UNIS était la seule voie à suivre. «Pour moi, c’était la façon de compenser ou de contrer ces préoccupations politiques et de perception», a-t-il ajouté.

Ces explications n’ont pas convaincu le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer.

Dans une déclaration écrite, M. Scheer a soulevé le fait qu’aucun ministre ni responsable gouvernemental ayant témoigné devant le comité des finances n’a mentionné que le premier ministre avait exigé un examen additionnel de la part de la fonction publique.

«Il est clair qu’aucun examen additionnel n’a eu lieu. Une rapide recherche Google aurait montré les nombreux problèmes de l’organisation et l’aurait disqualifiée du financement gouvernemental», s’est moqué M. Scheer.

De son côté, le Nouveau Parti démocratique demande à Justin Trudeau de renoncer à la confidentialité des informations concernant son cabinet et de laisser tous ses ministres parler librement de la controverse.

«Si le premier ministre n’a rien à cacher, il doit lever le secret du Cabinet afin que le Comité et le commissaire à l’éthique puissent faire leur travail et aller au fond de cette question sans ingérence ni excuses», a commenté par voie de communiqué le porte-parole du NPD en matière d’éthique, Charlie Angus.

Pour M. Angus, le témoignage de Justin Trudeau a laissé en plan «beaucoup de zones d’ombre concernant (la) décision et les liens évidents» entre le premier ministre, d’autres membres du gouvernement et la fondation UNIS.

Il remet en doute la sincérité du premier ministre lorsqu’il affirme s’être inquiété «de la perception de conflits d’intérêts» alors que M. Trudeau n’a «pas contacté le commissaire (à l’éthique)».

Charlie Angus soutient également qu’il n’existe encore aucune «preuve (que M. Trudeau) ait bougé le petit doigt pour corriger les lacunes évidentes du programme». Il cite le fait que l’entente a été signée avec une coquille vide dans le but de protéger la fondation et le fait que les frères Kielburger ne soient pas enregistrés en tant que lobbyistes.

La décision de faire appel à UNIS a été ratifiée par le conseil des ministres le 22 mai. M. Trudeau et son ministre des Finances, Bill Morneau, qui ont tous deux des liens familiaux avec UNIS, ne se sont pas récusés. L’annonce d’une entente avec UNIS a été faite le 25 juin, mais elle a été de courte durée, puisque le gouvernement fédéral et UNIS ont annoncé le 3 juillet qu’elle ne tenait plus en raison de la controverse, alors naissante.

MM. Trudeau et Morneau se sont depuis excusés de ne pas s’être retirés du processus.

Le programme de bénévolat pour étudiants et nouveaux diplômés, qui devait offrir des bourses allant de 1000 $ à 5000 $, a depuis été relégué à la fonction publique, mais il n’est toujours pas clair s’il ira de l’avant alors que la rentrée scolaire approche à grands pas. M. Trudeau a dit que son gouvernement tente toujours de voir comment distribuer ces bourses aux jeunes qui ont fait des heures de bénévolat tout de même.

Il a cependant admis que ce programme est «en grande difficulté».

Des têtes ne vont pas tomber au sein de l’entourage du premier ministre malgré les erreurs dans cette controverse qui suit le gouvernement Trudeau depuis déjà plus d’un mois.

Les appels à la démission du ministre Morneau se sont multipliés après qu’il eut admis, la semaine dernière, qu’il avait fait un chèque de plus de 41 000 $ pour rembourser certaines dépenses prises en charge par UNIS lors de deux voyages humanitaires en 2017 auquel lui et des membres de sa famille ont participé.

M. Trudeau s’est porté à la défense de son ministre des Finances.

«Évidemment, comme M. Morneau l’a dit, ça a été une erreur de ne pas rembourser et d’avoir accepté cette aide pour le voyage, mais il s’en est excusé», a déclaré le premier ministre, ajoutant que M. Morneau avait livré de nombreux programmes pour aider les Canadiens en pleine pandémie.

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